Page d'accueil The Mistake Off-campus Saison 2 (New Romance) (French Edition)

The Mistake Off-campus Saison 2 (New Romance) (French Edition)

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Année:
2016
Editeur::
HUGO ET COMPAGNIE
Langue:
french
ISBN:
B01HP2GXJ2
Fichier:
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Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnages ou des lieux réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait totalement fortuite.



Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit, sous n’importe quelle forme.




The Mistake : An Off-Campus Novel

Copyright © 2015 by Elle Kennedy




Ouvrage dirigé par Bénita Rolland

Collection New Romance ® dirigée par Hugues de Saint Vincent

Traduit par Robyn Stella Bligh

Couverture : © Sarah Hansen, Okay Creations





Pour la présente édition

© 2016, Hugo et Compagnie

34/36, rue la Pérouse

75116 Paris

www.hugoetcie.fr





ISBN : 9782755626933




Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.





SOMMAIRE





Titre




Copyright




1 - Logan



Avril



Grace




2 - Logan




3 - Grace




4 - Grace




5 - Logan



Grace




6 - Grace



Logan




7 - Logan



Grace




8 - Logan




9 - Logan




10 - Grace



Logan




11 - Grace




12 - Grace



Logan




13 - Logan




14 - Logan



Grace




15 - Grace



Mai




16 - Logan



Juin




17 - Logan



Juillet




18 - Logan



Août




19 - Grace



Logan




20 - Grace




21 - Logan



Grace




22 - Logan



Grace




23 - Logan



Grace




24 - Logan



Grace



Logan




25 - Grace




26 - Grace




27 - Logan




28 - Grace




29 - Grace




30 - Logan



Grace




31 - Garrett



Grace




32 - Logan




33 - Grace



Logan




34 - Grace




35 - Logan




Épilogue



Deux ans plus tard




Remerciements




À propos de l’auteur





1


Logan




* * *





Avril


Convoiter la copine de votre meilleur pote, c’est vraiment nul.

Tout d’abord, parce que c’est gênant. Par gênant, je veux dire que c’est une torture. Je ne peux pas parler au nom de toute la gent masculine, mais je suis certain qu’aucun homme n’aime sortir de sa chambre et c; roiser la femme de ses rêves alors qu’elle vient de passer la nuit dans les bras de son meilleur ami.

Ensuite, c’est horrible, parce que je me déteste. Cela va de soi, me direz-vous : comment ne pas se haïr lorsque vous fantasmez sur le grand amour de votre meilleur pote ?

Là, pendant que je vous parle, c’est la gêne qui prend le dessus. Voyez-vous, les murs de ma maison sont très fins, et j’entends chaque gémissement qui sort de la bouche d’Hannah – chacun de ses cris. J’entends la tête de lit frapper le mur chaque fois que mon meilleur ami la rapproche un peu plus de l’orgasme.

Gé-nial. J’adore ma vie.

Je suis allongé sur mon lit, les yeux rivés sur le plafond. Je ne fais plus semblant de parcourir la musique de mon iPod, dont j’avais mis les écouteurs dans l’espoir d’étouffer les bruits que font Hannah et Garrett dans la chambre d’à côté, mais je n’ai toujours pas appuyé sur « play ». Faut croire que ce soir, j’ai envie de me faire du mal.

Soyez rassurés, je ne suis pas fou : je sais qu’elle est amoureuse de Garrett. J’ai vu comment elle le regarde, j’ai vu comment ils sont ensemble. Cela fait six mois qu’ils sont en couple, et même moi, le pire meilleur ami au monde, je ne peux pas nier qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Par ailleurs, Garrett mérite d’être heureux. Il se fait passer pour un mec arrogant que rien n’atteint, mais en vérité, ce mec est un saint. Sur la glace, il est le meilleur centre avec qui j’ai patiné, et dans la vie, il est la meilleure personne que je connaisse. D’ailleurs, je suis tellement sûr de mon hétérosexualité que je n’ai pas peur de dire que si j’étais attiré par les mecs, je n’aurais pas seulement envie de me taper Garrett Graham, j’aurais envie de l’épouser. C’est d’ailleurs ce qui rend la situation mille fois plus difficile. Je ne peux même pas détester le mec qui se tape la nana que je veux.

J’entends le grincement d’une porte qui s’ouvre, puis un bruit de pas. Je prie pour que ni Garrett ni Hannah ne frappent à ma porte car j’ai déjà suffisamment envie de mourir sans voir leurs mines post-coït.

Heureusement, celui qui entre dans ma chambre – sans frapper –, c’est Dean, mon autre coloc.

– Il y a une soirée chez Omega Phi, ce soir. T’es motivé ?

Je me lève aussi vite que possible, car aller à une soirée est la meilleure idée du monde. En buvant suffisamment, je ne penserai plus à Hannah. Mieux encore, en étant ivre mort et en me tapant une meuf, j’ai l’assurance que si une des deux activités ne m’aide pas à oublier Hannah, l’autre y parviendra.

– Ouais carrément !

J’enfile une chemise propre en ignorant la douleur sous mon bras gauche, un reliquat de la charge que j’ai prise à la finale, la semaine dernière. Cependant, les bleus et les courbatures en valent la peine, car pour la troisième année consécutive, Briar a remporté le championnat. Tous les joueurs, moi y compris, récoltent encore les avantages qui viennent avec ce titre. Dean, qui joue en défense, appelle cela le TET de la victoire : les teufs, les éloges et les tétons. C’est une analyse plutôt juste de la situation, car les trois m’accompagnent au quotidien depuis notre grande victoire.

– C’est toi qui conduis ? je demande en mettant une veste à capuche noire par-dessus ma chemise.

– Tu viens vraiment de me demander ça ? ricane Dean.

– Ouais tu as raison, je réponds en levant les yeux au ciel. Je ne sais pas ce qui m’a pris.

La dernière fois que Dean Heyward-Di Laurentis a été sobre c’était… jamais. Ce mec boit comme un trou et fume joint sur joint. Cela dit, et je ne sais pas comment c’est possible, cela n’affecte jamais ses performances sur la glace. Dean est une de ces créatures qui peuvent faire la fête jusqu’au petit matin et être parfaitement en forme le lendemain.

– Ne t’en fais pas, c’est Tuck qui conduit, répond Dean en parlant de Tucker, notre autre coloc. Il a encore la gueule de bois d’hier, alors il veut faire une pause.

Je le comprends. Le programme d’entraînement d’été ne commence que dans deux semaines et nous profitons beaucoup trop de nos vacances, mais c’est ce qui arrive lorsqu’on est champion. Après notre victoire, l’an dernier, j’ai été bourré pendant deux semaines non-stop.

D’ailleurs, je n’ai pas hâte d’être à dans quinze jours, car les entraînements sont déjà suffisamment épuisants sans avoir à les allier à des journées de dix heures au travail. Cependant, je n’ai pas le choix : la préparation est obligatoire pour la saison suivante et le travail… eh bien… j’ai fait une promesse à mon frère et je ne reviendrai pas dessus. Jeff me scalperait si je ne respectais pas ma part du deal.

Tucker nous attend devant la porte lorsque Dean et moi descendons. Une barbe auburn couvre les trois-quarts de son visage, lui donnant l’air d’un loup-garou. Cependant, il est déterminé à essayer ce nouveau look depuis qu’une nana qu’il a rencontrée à une soirée la semaine dernière lui a dit qu’il avait un visage de poupon.

– Tu sais que ta barbe de Yeti ne te rend pas plus viril ? demande Dean en souriant.

– Je visais plutôt un côté sauvage, en fait, répond-il en haussant les épaules.

– Eh bien, ça ne marche pas non plus, Gueule d’ange, je ricane. Tu as juste l’air d’un scientifique fou.

Il me fait un doigt d’honneur en s’installant au volant de mon pick-up. Je m’assieds sur le siège passager tandis que Dean monte à l’arrière, déclarant qu’il veut prendre l’air, mais je crois qu’il veut que le vent ébouriffe ses cheveux pour obtenir ce style saut-du-lit que les nanas adorent. Dean est affreusement vaniteux, mais il a un physique de mannequin, donc je suppose qu’il peut se le permettre.

Tucker démarre et je tapote mes cuisses, pressé de partir. Les membres des fraternités et des sororités ont beau me taper sur le système, ces gens savent faire la fête. D’ailleurs, si c’était une discipline olympique, ceux de Briar seraient médaillés d’or.

Tuck fait une marche arrière pour sortir de chez nous et mon regard se pose sur la Jeep noire de Garrett, garée bien sagement pendant que son propriétaire passe la nuit avec la meuf la plus cool de la planète et…

Stop ! Arrête ! Cette obsession pour Hannah Wells va me rendre fou.

Il faut que je baise, ASAP1.

Tucker est étrangement silencieux sur le trajet. Je me demande même s’il ne grimace pas, mais c’est dur à dire étant donné qu’on ne voit qu’un quart de son visage.

– Tu fais la gueule ?

Il me fusille du regard avant de se concentrer de nouveau sur la route.

– Oh, allez mec, c’est parce qu’on se moque de ton nouveau look ? C’est pourtant le b.a.-ba : si tu te fais pousser une barbe de bûcheron, tes amis vont se foutre de ta gueule.

– Ce n’est pas la barbe, marmonne-t-il.

– Ok… Mais tu es en colère.

Il ne répond pas. J’insiste :

– Sérieusement, c’est quoi ton problème ?

– Le mien ? Rien. Mais le tien ? Je ne sais même pas par où commencer, crache-t-il. Va falloir que tu arrêtes, mec.

Alors là, je ne comprends rien. En ce qui me concerne, tout ce que j’ai fait durant les dix dernières minutes c’est avoir hâte d’arriver à la soirée.

Tucker remarque ma confusion et clarifie le fond de sa pensée.

– Je parle de ce truc avec Hannah.

Je me crispe, mais je fais de mon mieux pour garder une expression neutre.

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

Ouaip, j’ai choisi de mentir, ce qui n’a rien de nouveau, d’ailleurs, car je n’ai pas cessé de le faire depuis que je suis arrivé à Briar.

Mais oui, je suis fait pour la NHL2. Bien sûr que je veux être hockeyeur professionnel !

J’adore passer mes étés couvert d’huile de moteur dans le garage de mon père. C’est un super-moyen de gagner de l’argent de poche !

Je ne convoite pas Hannah, voyons. C’est la meuf de mon meilleur ami !

Des mensonges, des mensonges et encore des mensonges. Or c’est seulement parce que sur ces trois aspects de ma vie, la vérité est déprimante. La dernière chose que je souhaite, c’est que mes amis et mes coéquipiers aient pitié de moi.

– Garde ces conneries pour G, rétorque Tucker. Et au fait, tu as de la chance qu’il soit distrait pas ses gouzigouzis avec Hannah parce que, si ce n’était pas le cas, ça fait longtemps qu’il aurait remarqué ton comportement.

– Ah ouais, et comment je me comporte ? Vas-y, explique-moi ! je m’exclame sur un ton défensif.

Je suis dégoûté que Tuck ait compris que j’ai des sentiments pour Hannah. Je suis encore plus dégoûté qu’il ait décidé de m’en parler après tout ce temps.

– Tu es sérieux ? Tu veux une liste ? demande-t-il. Tu quittes la pièce dès qu’ils y entrent, tu te caches dans ta chambre quand elle passe la nuit à la maison et quand tu daignes supporter sa présence, tu la reluques en pensant que personne ne te voit, tu…

– Ok, ça va j’ai compris.

– Et je ne parle même pas de toutes les meufs que tu te tapes, marmonne Tucker. Tu as toujours été un chaud lapin, mais bon sang, mec, tu as couché avec cinq meufs cette semaine.

– Et alors ?

– Et alors, on est jeudi ! Cinq meufs en quatre jours ! C’est abusé, John.

Merde, il m’appelle par mon prénom, ce qu’il ne fait que lorsqu’il est vraiment en colère. Sauf que maintenant, c’est moi qui suis énervé.

– Et alors, c’est quoi le problème, John ?

Ouaip, on s’appelle tous les deux John.

– J’ai vingt et un ans ! Ma vie sexuelle me regarde. Et puis c’est ça, la fac : s’amuser, baiser et prendre son pied avant que la vie ne devienne chiante à mourir.

– Tu veux vraiment me faire croire que tous ces coups d’un soir sont juste un rite de passage ? dit Tucker en secouant la tête.

Il soupire, et sa voix s’adoucit.

– Tu ne vas pas l’oublier en baisant, mec. Tu pourrais coucher avec cent femmes ce soir et ça ne changerait rien. Il faut que tu acceptes qu’il ne se passera rien avec Hannah et que tu tournes la page.

Il a raison. Je sais que je me tape des filles à droite et à gauche pour me changer les idées. Et il faut que j’arrête de faire autant la fête. Je dois arrêter de me morfondre et d’espérer qu’il se passera quelque chose avec Hannah et accepter que ce ne sera jamais le cas.

Cela dit, je vais attendre demain pour m’y mettre.

Ce soir, je ne change pas de programme : je picole et je baise.





Grace


Quand j’ai commencé la fac, j’étais vierge.

En cette fin de première année, je commence à penser que je le resterai jusqu’à la fin de mes études. Non pas que ce soit une tare. Je vais bientôt avoir dix-neuf ans, et alors ? Je ne suis pas vieille fille et on ne va pas me lyncher parce que mon hymen est intact.

Ce n’est pas comme si je n’en avais pas eu l’occasion, d’ailleurs. Depuis que je suis arrivée à Briar, ma meilleure amie m’a traînée à tant de fêtes que j’ai arrêté de compter. Des mecs ont flirté avec moi, d’autres m’ont carrément draguée et il y en a même un qui m’a envoyé une photo de son pénis avec l’inscription « Elle est à toi, Bébé ». C’était… dégoûtant, certes, mais s’il m’avait vraiment plu, j’aurais sans doute été… flattée, non ? Cependant, aucun de ces mecs ne m’attirait. Hélas, ceux qui me plaisent ne regardent même pas dans ma direction.

Jusqu’à ce soir.

Lorsque Ramona m’a dit que nous allions à une soirée de fraternité, je n’avais pas grand espoir de rencontrer quelqu’un. Chaque fois que nous allons dans une de ces fêtes, les gars essaient de nous convaincre de leur rouler des pelles. Or ce soir, j’ai rencontré un mec qui me plaît – plus ou moins.

Il s’appelle Matt, il est mignon, et je n’ai pas l’impression que c’est un abruti. Non seulement il est à peu près sobre mais il fait des phrases entières et il n’a pas dit le mot « binouze3 » une seule fois depuis qu’on a commencé à parler – ou plutôt, depuis qu’il a commencé à parler. Je n’ai pas dit grand-chose mais cela ne me gêne pas parce que je peux admirer sa mâchoire musclée et la manière adorable qu’ont ses cheveux de boucler.

Pour être honnête, c’est sans doute mieux que je ne parle pas. Les mecs mignons me rendent nerveuse : tous mes filtres disparaissent et je me retrouve à leur parler de la fois où j’ai fait pipi dans ma culotte lorsque j’ai visité une usine de sirop d’érable avec ma classe de CP, de ma phobie des marionnettes ou encore de ma maniaquerie.

Il vaut donc mieux que je me contente de sourire et de hocher la tête en disant « Ah bon ? » de temps en temps afin qu’il sache que je ne suis pas muette. Or parfois, ce n’est pas possible, notamment lorsque le beau gosse pose une question qui requiert une vraie réponse.

– Tu veux venir fumer dehors ? demande Matt en sortant un joint de la poche de sa chemise. Je l’allumerais bien ici, mais si le président me voit, je vais me faire virer de la fraternité.

– Euh… non, merci.

– Tu ne fumes pas ?

– Non. Enfin, j’ai déjà fumé mais… ça me rend un peu… folle.

Il sourit et deux magnifiques fossettes apparaissent.

– C’est un peu le but, en fait.

– Ouais, je suppose, mais ça me donne envie de dormir, aussi. Ah, et chaque fois que je fume, je pense au Power Point que mon père m’a obligée à regarder quand j’avais treize ans. Il disait que contrairement à ce qu’on croit, le cannabis est très addictif, et il y avait plein de statistiques sur les conséquences de l’herbe sur les cellules du cerveau. Après chaque diapositive, il me fusillait du regard en me disant : Tu veux que tes synapses meurent, Grace ? C’est ça que tu veux ?

Matt me dévisage et, dans ma tête, une petite voix crie Tais-toi !, mais c’est trop tard. Je n’ai plus de filtre et je ne peux plus empêcher les mots de quitter ma bouche.

– En même temps, je suppose que ce n’est pas pire que ce qu’a fait ma mère. Elle veut toujours être le parent cool, alors quand j’avais quinze ans, elle m’a emmenée dans un parking, un soir, elle a sorti un joint, et elle m’a annoncé qu’on allait le fumer ensemble. On aurait dit une scène de The Wire. Cela dit, je n’ai jamais vu cette série, ça parle de drogue, non ? Bref, j’étais là, à paniquer, persuadée qu’on allait se faire arrêter, pendant que ma mère me demandait toutes les deux minutes si j’aimais la marijuana.

Par miracle, mes lèvres cessent enfin de bouger. Cependant, il est déjà trop tard, Matt a déjà conclu que j’étais folle.

– Euh, ouais, eh ben… je vais aller fumer quand même. À plus.

J’attends qu’il soit parti pour soupirer, me détestant d’avoir tout foutu en l’air, encore une fois. Eh merde ! Je ne sais pas pourquoi je m’obstine à vouloir parler aux mecs. Je commence chaque conversation en ayant peur de me ridiculiser et je finis par me ridiculiser parce que je suis nerveuse. C’est perdu d’avance.

Je soupire une deuxième fois et je pars à la recherche de Ramona au rez-de-chaussée. La cuisine est pleine de fûts de bière et de mecs, tout comme la salle à manger. Quant au salon, les meufs y sont à moitié nues. J’avoue que leur bravoure m’épate, parce qu’il fait super-froid dehors et que l’air glacial s’engouffre dans la maison chaque fois que quelqu’un passe la porte. De mon côté, je suis parfaitement à l’aise dans mon jean slim et mon pull moulant.

Je ne vois mon amie nulle part, alors je sors mon téléphone de ma poche pour regarder l’heure, surprise de constater qu’il est presque minuit. J’ai beau être à Briar depuis huit mois, je continue de me sentir joyeusement rebelle chaque fois que je rentre chez moi après vingt-trois heures, l’heure à laquelle il fallait à tout prix que je rentre quand j’habitais chez mes parents. Mon père était très strict à ce sujet – d’ailleurs, il l’est à propos de tout. Je suis sûre qu’il n’a jamais enfreint la moindre règle de toute sa vie, ce qui me pousse à me demander comment lui et ma mère sont restés mariés aussi longtemps. Ma mère est un électron libre, ce qui est tout l’opposé de mon père. En même temps, ne dit-on pas que les contraires s’attirent ?

– Gracie !

Ramona apparaît devant moi et elle me serre aussi fort que possible. Elle recule et ses yeux brillants ainsi que ses joues rouges m’informent qu’elle est bourrée. Elle est aussi peu vêtue que la plupart des filles dans la pièce : sa minijupe couvre à peine ses cuisses et son débardeur rouge révèle une bonne partie de sa poitrine. Quant à ses bottes, les talons sont tellement hauts que je ne comprends pas comment elle peut marcher avec. Toutefois, elle est canon, et les regards qu’elle attire en prenant mon bras en sont la preuve.

Je suis sûre que lorsque les gens nous voient côte à côte, ils se demandent comment nous pouvons être amies, et je dois reconnaître que je me demande parfois la même chose.

Au lycée, Ramona était la rebelle qui aimait s’amuser et qui fumait des clopes derrière le mur, alors que moi j’étais la première de la classe qui tenait le journal du lycée et qui organisait les événements caritatifs. Si nous n’avions pas été voisines, Ramona et moi ne nous serions sans doute jamais parlé, mais nous allions ensemble à l’école tous les jours et nous sommes devenues les meilleures amies du monde. Lorsque nous nous renseignions sur les facs, nous nous sommes arrangées pour postuler aux mêmes endroits, et quand nous avons toutes les deux été acceptées à Briar, j’ai demandé à mon père de parler à l’administration afin que nous soyons dans la même chambre.

Cependant, si notre amitié était très forte au début de l’année, nous nous sommes un peu éloignées depuis. Ramona ne pense qu’aux mecs et au meilleur moyen d’être populaire – elle ne parle plus que de cela, et ces derniers temps… elle m’énerve.

Merde. J’ai l’impression d’être une amie pourrie, rien que d’y penser.

– Je t’ai vue en haut avec Matt ! siffle-t-elle dans mon oreille. Tu l’as chopé ?

– Non, je crois que je lui ai fait peur.

– Mince, tu lui as parlé de ta phobie des marionnettes ? demande-t-elle en soupirant. Chérie, faut que tu arrêtes tout de suite de leur montrer à quel point tu es folle. Sérieusement, attends d’être en couple avec un mec – ce sera plus dur pour lui de s’enfuir.

– Merci du conseil, je réponds en éclatant de rire.

– Alors, tu es prête à partir ou tu veux rester encore un peu ?

Je balaye la pièce du regard et j’aperçois deux nanas en jean et en soutif en train de se bécoter pendant qu’un des mecs d’Omega Phi filme sur son iPhone. Beurk. Je suis prête à parier dix dollars que cette vidéo finira sur un site porno gratuit et que ces pauvres nanas ne l’apprendront que dans quelques années, lorsque l’une d’entre elles s’apprêtera à épouser un sénateur et que la presse dénichera cette pépite de son passé.

– On peut y aller, je réponds.

– Ok, ça me va.

– Depuis quand tu pars d’une soirée avant minuit, toi ? je demande en fronçant les sourcils.

– Ça ne sert plus à rien de rester, quelqu’un l’a eu avant moi.

Je ne lui demande pas de qui elle parle – il s’agit toujours du même mec depuis le début du semestre : Dean Heyward-Di Laurentis.

Ramona est obsédée par lui depuis qu’elle l’a croisé à une soirée hors du campus. Je n’exagère pas en disant qu’elle est obsédée : elle m’a traînée à presque tous les matchs que Briar a joués à domicile, juste pour voir Dean en action. Cela dit, il est canon. C’est aussi le pire des Don Juan, si on en croit les rumeurs. Hélas, il ne sort pas avec les premières années et il ne couche pas avec non plus – ce qui est tout ce que souhaite Ramona, qui n’est jamais sortie avec un mec plus d’une semaine.

La seule raison pour laquelle elle voulait venir ce soir, c’est parce qu’elle a su qu’il serait là. Toutefois, sa règle anti-première année semble gravée dans du marbre. Quel que soit le nombre de fois où Ramona se jette sur lui, il repart toujours avec une autre.

– Laisse-moi juste aller aux toilettes, d’abord. On se retrouve dehors ?

– Ok, mais fais vite. J’ai dit à Jasper qu’on partait et il attend dans la voiture, répond-elle.

Je la regarde partir avec un léger sentiment de rancune. Elle est sympa de me demander si je veux partir alors qu’elle a déjà pris la décision pour nous deux, non ? Cependant, elle a toujours été ainsi et cela ne m’a jamais gênée. Honnêtement, si elle ne prenait pas les décisions à ma place et si elle ne me forçait pas à sortir de ma zone de confort, j’aurais sans doute passé tout le lycée dans le bureau du journal, à écrire dans la rubrique Conseils, donnant mon avis à propos de situations que je n’ai jamais vécues moi-même. Toutefois… j’aimerais parfois que Ramona me demande mon avis avant de décider de ce que nous allons faire.

Il y a la queue à la salle de bains du bas, donc je me faufile à travers la foule pour aller à celle du premier étage. Je suis à deux mètres de la porte lorsqu’elle s’ouvre et qu’une belle blonde en sort. Elle sursaute en me voyant, puis elle me fait un sourire satisfait en ajustant le bas de sa robe – qui est vraiment indécente. Sans rire, elle est tellement courte que je sais qu’elle porte une culotte rose.

Je me sens rougir et je baisse les yeux, puis j’attends qu’elle soit au fond du couloir pour ouvrir la porte. Cependant, je n’ai même pas touché la poignée que celle-ci s’ouvre encore une fois et que quelqu’un d’autre en sort. Je suis nez à nez avec les yeux les plus bleus que j’aie jamais vus. Il me faut une seconde pour réaliser à qui ils appartiennent – et pour rougir de plus belle.

C’est John Logan.

Ouaip – John Logan, alias le défenseur star de l’équipe de hockey. Si je sais cela, ce n’est pas seulement parce que cela fait des mois que Ramona est obsédée par Dean, son ami, mais parce que sa gueule de mannequin était en couverture du journal de la fac. Depuis qu’ils ont gagné le championnat, le magazine a fait des interviews de chacun des joueurs, et je ne vais pas vous mentir – celui de Logan est le seul auquel j’ai prêté attention.

Parce que ce mec est canon.

Comme la blonde, il a l’air étonné de me trouver dans le couloir, et comme elle, il se remet de sa surprise pour me dégainer un sourire divin. Puis il remonte sa braguette.

Oh mon Dieu. Je n’arrive pas à croire qu’il vient de faire cela. Je regarde sans le vouloir son entrejambe, mais cela ne semble pas le gêner. Il hausse un sourcil et il s’en va.

Waouh. Ok.

Je devrais être dégoûtée. Sans parler du fait qu’il vient clairement de se taper cette meuf dans les toilettes, le coup de la braguette devrait le mettre immédiatement dans la catégorie connard. Cependant, l’idée qu’il ait été avec cette meuf fait naître en moi une vague de jalousie à laquelle je ne m’attendais pas.

Je ne dis pas que j’aurais aimé être à la place de cette meuf mais… D’accord, je mens. J’aurais adoré être à sa place. En tout cas, avec John Logan. Des frissons me parcourent de la tête aux pieds rien qu’en imaginant ses mains et ses lèvres sur moi.

Pourquoi je ne peux pas me taper des mecs dans les toilettes, moi aussi ? Je suis à la fac, bon sang – je suis censée m’amuser et faire des erreurs, et cetera ! Or, pour l’instant, je n’ai strictement rien fait. Je vis à travers Ramona, regardant ma meilleure amie bad girl prendre des risques et essayer de nouvelles choses pendant que moi, la fille sage, je m’accroche à l’approche précautionneuse que mon père m’a inculquée depuis que je suis née.

Eh bien, j’en ai assez des précautions. Et j’en ai marre d’être la fille sage. Le semestre est presque terminé : il me reste deux examens à réviser et un devoir de psycho à rendre, mais qui a dit que je ne pouvais pas faire cela et m’amuser un peu ici et là ?

Il ne me reste plus que quelques semaines. Et vous savez quoi ? J’ai l’intention d’en profiter.





* * *



1. As Soon As Possible : aussitôt que possible. (NdT, ainsi que pour toutes les notes suivantes)



2. National Hockey League : League nationale de hockey nord-américaine.



3. Bière.





2


Logan




* * *





J’ai décidé de me calmer un peu sur les soirées – et pas seulement parce que j’étais tellement saoul, hier soir, que Tucker a dû me porter jusqu’à ma chambre. Ça a tout de même beaucoup compté dans ma prise de décision.

Nous sommes donc vendredi soir, j’ai refusé l’invitation d’un coéquipier à une soirée, je bois le même verre de whisky depuis plus d’une heure, et je n’ai pas tiré sur le joint que Dean fait tourner. Nous sommes agglutinés dans notre petit jardin, affrontant la fraîcheur de ce début du mois d’avril. Je fume une cigarette pendant que Dean, Tucker et Mike Hollis – un autre coéquipier – se passent le joint. Dean est en train de raconter en détail ses aventures sexuelles de la veille, mais je n’écoute qu’à moitié car je repense à la nana que je me suis tapée – la meuf terriblement sexy qui m’a entraîné dans les toilettes de l’étage.

J’étais bourré, et mes souvenirs sont un peu flous, mais je me souviens de lui avoir mis des doigts et l’avoir fait jouir sur ma main. Bien sûr, je n’ai pas oublié la pipe spectaculaire qu’elle m’a faite. Je n’ai pas l’intention d’en parler à Tuck, cependant, puisqu’il s’amuse à compter mes conquêtes…

– Attends, répète ? Tu as fait quoi ?

La question de Hollis me fait revenir sur Terre.

– Je lui ai envoyé une photo de ma bite, répète Dean comme si c’était un acte quotidien.

– Tu es sérieux ? Tu lui as envoyé une photo de ton bordel ? Quoi, en guise de souvenir ?

– Non, c’est plutôt une invitation à remettre le couvert, répond Dean en souriant.

– Et pourquoi ça lui donnerait envie de recoucher avec toi ? demande Hollis. Elle te prend probablement pour un pervers.

– Mais non mec, les meufs apprécient un beau cliché de bite. Crois-moi.

– Mais oui, bien sûr, tout le monde sait ça, se moque Hollis en se retenant de rire.

Je tapote ma cendre dans l’herbe et tire une autre latte.

– Par curiosité, quels sont les critères d’un « beau cliché de bite » ? je demande. La lumière ? La pose ?

Je me moque de lui, mais Dean répond d’une voix tout à fait sérieuse.

– Eh bien tu vois, le truc, c’est qu’il faut cacher ses couilles.

Tucker éclate de rire et s’étouffe sur sa gorgée de bière.

– Je suis sérieux, insiste Dean. Les couilles ne sont pas photogéniques. Les femmes n’ont aucune envie de les voir.

– Waouh, tu y as longuement réfléchi on dirait, dit Hollis en riant enfin. C’est un peu triste, mec.

– Attends, c’est ce que tu fais dans ta chambre quand la porte est fermée à clé ? Tu prends des photos de ta bite ?

– Oh allez, vous n’allez pas me faire croire que je suis le seul à avoir pris ma queue en photo, les mecs, rétorque Dean.

Hollis et moi répondons en même temps.

– Si, tu es le seul.

– N’importe quoi, je vous crois pas, les mecs, répond Dean avant de se rendre compte que Tucker n’a pas nié. Ha ! Je le savais, Tuck !

Je hausse un sourcil en regardant mon coloc, qui rougit peut-être – ou peut-être pas – sous sa barbe énorme.

– Tu as vraiment fait ça, mec ?

Il sourit timidement avant de me répondre.

– Tu te souviens de la nana avec qui je sortais l’an dernier ? Sheena ? Eh ben, elle m’avait envoyé une photo de ses seins en me disant que je devais lui rendre la pareille.

Dean est bouche bée.

– Ta bite pour ses nichons ? Mec, tu t’es fait avoir.

– Pourquoi, c’est quoi l’équivalent des nichons ? demande Hollis.

– Les couilles, répond Dean avant de tirer longuement sur le joint.

Il expire un rond de fumée tandis que tout le monde éclate de rire.

– Tu viens de dire que les meufs n’ont pas envie de voir des couilles en photo, remarque Hollis.

– C’est vrai. Mais n’importe quel abruti sait qu’une photo de bite équivaut à un frontal complet en retour. C’est évident, dit-il en levant les yeux au ciel.

Quelqu’un se racle bruyamment la gorge derrière moi. Je me tourne et je vois Hannah, appuyée contre la porte de la cuisine. Ma poitrine se contracte si fort que c’en est presque douloureux. Elle est vêtue d’un legging et d’un des maillots d’entraînement de Garrett. Ses longs cheveux bruns sont lâches et tombent sur son épaule. Elle est magnifique.

Ouaip, je suis vraiment le pire des amis parce que tout à coup, je suis en train de l’imaginer vêtue de mon maillot. Avec mon numéro inscrit dessus. Tu parles d’avoir tourné la page !

– Euh… juste pour être certaine d’avoir compris : vous parlez d’envoyer des photos de vos pénis à des filles ? demande-t-elle d’un air amusé en nous regardant tour à tour.

– Absolument. Et ne lève pas les yeux au ciel comme ça, Wellsy. Tu vas nous dire que G ne t’a jamais envoyé des photos de sa bite ?

– Je refuse de répondre à cette question, répond-elle. Bref. Garrett et moi allons commander des pizzas, vous voulez vous joindre à nous ? On va regarder un film dans le salon, et c’est son tour de choisir, donc ce sera sans doute un film d’action horrible, mais si jamais ça vous dit…

Tuck et Dean acceptent tout de suite, mais Hollis secoue la tête.

– La prochaine fois, peut-être, mais j’ai mon dernier examen lundi, donc je vais passer le reste du week-end à réviser.

– Oh, mon pauvre. Eh ben, bon courage, dit-elle en reculant. Bon, les mecs, si vous voulez passer commande pour la pizza, c’est maintenant, sinon je vais la bourrer de légumes. Ah, et tu joues à quoi, Logan ? s’exclame-t-elle en me fusillant du regard. Je croyais que tu ne fumais qu’en soirée – je vais devoir te casser la gueule ?

– J’aimerais bien te voir essayer, Wellsy, je réponds sur un ton léger qui disparaît dès qu’elle est rentrée dans la cuisine.

Sa présence me fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre – mais l’idée de regarder un film avec elle et Garrett dans le salon, de les voir se faire des câlins et des mamours, est cent fois pire.

– Vous savez quoi ? Je vais aller à la soirée chez Danny, finalement. Tu peux me déposer Hollis ? Je ne veux pas conduire au cas où je boirais.

– Tu ne vas pas boire mec, crois-moi, dit Dean en écrasant le joint dans le cendrier. Le surveillant de Danny est un véritable dictateur. Il fait des patrouilles toute la nuit et des fouilles aléatoires dans les chambres.

Je m’en fiche. Tout ce que je sais, c’est que je ne peux pas rester ici avec Hannah et Garrett tant que je n’arrive pas à gérer ma frustration absurde.

– Alors, je ne boirai pas, mais j’ai besoin de prendre l’air, je suis resté à la maison toute la journée.

– De prendre l’air, hein ? répète Tucker en me dévisageant.

– Oui, je réponds froidement. Ça te pose un problème ?

Tuck ne répond pas, et je leur dis à peine au revoir en suivant Hollis à sa voiture.



Quinze minutes plus tard, je suis au deuxième étage de la Fairview House. C’est tellement calme que je suis encore plus déprimé. Merde, le surveillant doit vraiment être strict – je n’entends pas le moindre bruit dans les chambres, et je ne peux pas appeler Danny pour savoir si la soirée a été annulée parce qu’en fuyant la maison, j’ai oublié de prendre mon téléphone.

Je n’ai jamais été chez lui et je m’arrête dans le couloir pour essayer de me rappeler le numéro de la chambre qu’il m’a envoyé par SMS, tout à l’heure. Deux cent vingt ? Ou deux cent trente ? Je passe devant chaque porte en regardant les numéros, et mon problème se résout tout seul lorsque je découvre qu’il n’y a pas de numéro deux cent trente.

Alors, ce doit être deux cent vingt. Je frappe à la porte et j’entends des bruits de pas. Il y a quelqu’un, au moins. C’est bon signe.

La porte s’ouvre, et je me retrouve face à une étrangère. Une très belle étrangère, certes, mais néanmoins une étrangère. Elle cligne des yeux, surprise de me voir là. Ses yeux noisette sont de la même couleur que ses cheveux qui sont attachés dans une longue tresse tombant sur son épaule. Elle porte un pantalon de pyjama à carreaux vert et noir, et un t-shirt noir avec le logo de la fac, on ne peut pas dire qu’elle soit en tenue de soirée. Par ailleurs, vu le silence qui règne derrière elle, il est évident que j’ai frappé à la mauvaise porte.

– Salut, je dis d’une voix gênée. Euh… je suppose que ce n’est pas la chambre de Danny ?

– Euh, non.

– Merde. Il avait dit deux cent vingt.

– Alors, l’un de vous deux a dû se tromper. Si ça peut t’aider, il n’y a pas de Danny à cet étage. Il est en première année ?

– Non, troisième.

– Alors, il ne peut pas habiter ici. C’est une résidence pour premières années, dit-elle en jouant avec sa tresse sans jamais me regarder dans les yeux.

– Merde.

– Tu es sûr que ton ami a dit Fairview House ?

J’hésite, j’en étais sûr, oui, mais maintenant… plus vraiment. Danny et moi traînons très peu ensemble. Je le vois aux soirées après-match et il vient chez moi avec d’autres coéquipiers, mais nous ne sommes jamais seuls.

– Je ne sais plus, je réponds en soupirant.

– Pourquoi tu ne l’appelles pas ? demande-t-elle.

Elle fuit toujours mon regard, et maintenant, elle regarde ses chaussettes rayées comme si elles étaient fascinantes.

– Ben… j’ai laissé mon téléphone chez moi.

J’envisage les possibilités en passant ma main dans mes cheveux, ils sont beaucoup trop longs et ils ont désespérément besoin d’un coup de tondeuse, mais j’oublie tout le temps de le faire.

– Est-ce que je peux utiliser le tien ?

– Euh… ouais, répond-elle d’une voix hésitante tout en ouvrant la porte et en me faisant signe d’entrer.

Sa chambre est classique, avec tout en double : cependant, tandis qu’un côté est aussi rangé qu’une chambre d’hôtel, l’autre ressemble à une chambre d’ado. À l’évidence, cette fille et sa coloc ont deux conceptions très différentes du ménage. Je ne sais pourquoi, je ne suis pas surpris lorsqu’elle se dirige au bureau du côté propre pour débrancher son téléphone.

– Tiens.

Dès que j’ai son portable en main, elle recule vers la porte.

– Tu n’es pas obligée d’attendre là-bas, tu sais. À moins que t’envisages de t’enfuir ?

Elle rougit, et je déverrouille son téléphone en souriant jusqu’aux oreilles.

– Ne t’en fais pas ma belle. J’utilise juste ton téléphone. Je ne vais pas te tuer.

– Oh, ça, je le sais. Enfin, en tout cas, j’imagine, bégaie-t-elle. Tu as l’air d’être un mec bien. Cela dit, je suppose que beaucoup de serial killers ont l’air de mecs bien au début. Tu savais que Ted Bundy1 était super-charmant ? demande-t-elle en écarquillant les yeux. C’est pas dingue, ça ? Imagine ! Tu te balades un jour et tu rencontres un mec super-charmant : tu te dis Waouh, ce type est parfait, alors tu vas chez lui et tu découvres un donjon plein de peaux humaines et de poupées Barbie avec les yeux arrachés et…

– Putain, personne ne t’a jamais dit que tu parlais beaucoup ?

Ses joues sont encore plus rouges.

– Désolée. Parfois, je jacasse quand je suis nerveuse.

– Je te rends nerveuse ? je lui demande en souriant et en jouant des sourcils.

– Non. Enfin, peut-être un peu. Je ne te connais pas, et… ouais. Il faut se méfier des étrangers, et cetera, même si je suis sûre que tu n’es pas dangereux. Mais bon… tu sais…

– Ouais. Ted Bundy, je dis en essayant de ne pas rire.

Elle tripote de nouveau sa tresse en baissant les yeux, ce qui me permet de la regarder de plus près. La vache, elle est vraiment jolie, pas non plus d’une beauté renversante, mais elle a un visage frais qui est vraiment attirant. Des taches de rousseur couvrent son nez, ses traits sont fins et sa peau est digne d’une publicité pour fond de teint.

– Tu vas l’appeler ?

Je cligne des yeux en me rappelant soudain pourquoi je suis rentré. Je regarde le téléphone et je dévisage le clavier avec autant de concentration que lorsque je regardais cette fille.

– Un indice, tu utilises tes doigts pour taper le numéro, et après tu appuies sur « envoyer », dit-elle.

Je lève la tête et elle semble avoir tellement envie de rire que je ne peux que la devancer.

– Merci du tuyau, mais… je viens de réaliser que je ne connais pas son numéro. Il est enregistré sur mon téléphone.

Merde. Est-ce que c’est ma punition pour avoir fantasmé à propos de la copine de Garrett, de me retrouver tout seul un vendredi soir, sans téléphone et sans moyen de rentrer chez moi ? Je suppose que je l’ai mérité.

– Eh merde. Je vais juste appeler un taxi.

Heureusement, je connais le numéro des taxis du campus par cœur, alors je les appelle, mais je suis tout de suite mis en attente.

– C’est occupé ? demande-t-elle.

– Ouais. Je suis Logan, au fait. Merci de me laisser utiliser ton téléphone.

– Pas de problème, répond-elle en marquant une légère pause. Moi, c’est Grace.

J’entends un cliquetis dans mon oreille, mais au lieu d’entendre la voix d’une opératrice, il y a un second clic suivi de la même musique. Je ne suis pas vraiment surpris : c’est vendredi soir, leur plus grosse soirée. Qui sait combien de temps je vais devoir attendre ?

Je m’assieds sur un des lits – celui qui est fait – et j’essaie de me souvenir du numéro des taxis de Hastings, la ville hors campus où habitent la plupart de ceux qui ne sont pas en résidence étudiante. Cependant, j’ai beau me creuser la tête, je ne m’en souviens pas. Je soupire et je supporte un peu plus longtemps la musique d’ascenseur. Je regarde l’ordinateur qui est posé sur le lit et lorsque je remarque ce qui est à l’écran, je me tourne vers Grace en écarquillant les yeux.

– Tu regardes Die Hard ?

– Die Hard Deux, en fait, répond-elle, l’air gênée. Je me fais une soirée Die Hard. Je viens de finir le premier.

– Pourquoi, tu es amoureuse de Bruce Willis ?

Elle éclate de rire.

– Non, c’est juste que j’aime les vieux films d’action. La semaine dernière j’ai regardé toute la série de L’arme fatale.

La musique s’arrête dans mon oreille, puis elle recommence, m’arrachant un juron. Je raccroche et je me tourne vers Grace.

– Ça te gêne si j’utilise ton ordinateur pour trouver le numéro des taxis de Hastings ? Peut-être que j’aurai plus de chance avec eux.

– Bien sûr, dit-elle en s’asseyant à côté de moi pour prendre l’ordinateur. Laisse-moi t’ouvrir le navigateur.

Lorsqu’elle essaie de réduire la vidéo, elle relance le film sans faire exprès et la scène de combat dans l’aéroport remplit l’écran.

– Mince, cette scène est tellement bonne, je dis en me rapprochant.

– C’est clair ! s’exclame Grace. Je l’adore. D’ailleurs, j’adore tout le film. Je me fiche de ce que disent les gens, il est génial. Pas aussi bon que le premier, forcément, mais bien mieux que ce que l’on pense.

Elle est sur le point de le remettre sur pause lorsque j’intercepte sa main.

– On peut finir de regarder cette scène ?

Elle a l’air surprise.

– Euh… ouais, d’accord. Mais… si tu veux, tu peux rester regarder le film, bégaie-t-elle en rougissant. À moins que tu aies autre chose à faire, ajoute-t-elle.

J’y réfléchis un instant.

– Non, je n’ai rien d’autre à faire. Je peux rester un peu.

Quelle est l’alternative, de toute façon ? Rentrer regarder Hannah et Garrett se rouler des pelles devant le film ?

– Ah, ok, dit Grace. Euh… cool.

– Tu t’attendais à ce que je dise non ? je demande en riant.

– Un peu ouais, admet-elle.

– Pourquoi je dirais non ? Sérieusement, quel mec dit non à Die Hard ? La seule chose qui pourrait rendre cela encore meilleur, c’est si tu me proposais de l’alcool.

– Je n’en ai pas, désolée. Mais j’ai un sac d’oursons caché dans le tiroir de mon bureau.

– Épouse-moi, je réponds du tac au tac.

Elle éclate de rire et va à son bureau. Elle ouvre le tiroir du bas et, en effet, elle en sort un énorme sac de bonbons. Je recule dans le lit pour m’appuyer contre la pile de coussins tandis que Grace s’agenouille devant le petit frigo.

– De l’eau ou un Pepsi ?

– Un Pepsi, s’il te plaît.

Elle me tend le sac d’oursons et une cannette, puis elle s’installe à côté de moi et met l’ordinateur su le matelas entre nous.

J’enfourne un ourson dans ma bouche et je me concentre sur l’écran. Bon. Eh ben, ce n’était pas ce que j’avais prévu de faire ce soir mais… maintenant que je suis là, pourquoi pas ?





* * *



1. Tueur en série qui a agressé et assassiné plus d’une trentaine de femmes aux États-Unis dans les années 1970.





3


Grace




* * *





John Logan est dans ma chambre.

Non. John Logan est sur mon lit !

Je ne suis pas du tout prête pour la situation. Je suis même tentée d’envoyer un SOS à Ramona en la suppliant de me donner des conseils, parce que je ne sais ni quoi faire ni quoi dire. Heureusement, nous regardons un film, donc je peux me contenter de regarder l’écran en riant aux bons moments et en faisant comme si le mec le plus hot de Briar n’était pas sur mon lit.

D’ailleurs, il n’est pas juste hot dans le sens où il est canon, il est vraiment chaud. La chaleur qu’il dégage est impressionnante. J’étais déjà brûlante d’être en sa présence, mais là, je commence à transpirer…

J’essaie d’enlever discrètement mon t-shirt, mais Logan tourne la tête et ses yeux bleus se posent sur mon débardeur moulant, s’arrêtant un instant sur ma poitrine. Oh mon Dieu ! John Logan mate mes seins. J’ai beau n’avoir qu’un bonnet B, à voir la façon dont il me toise, j’ai l’impression que je fais du E.

Lorsqu’il se rend compte que je l’ai surpris, il se contente de me faire un clin d’œil avant de se concentrer de nouveau sur l’écran. C’est officiel : j’ai rencontré un mec qui n’a pas l’air d’un pervers lorsqu’il fait un clin d’œil à une nana.

Il m’est tout simplement impossible de suivre le film. Je regarde l’ordinateur, certes, mais j’ai la tête ailleurs, sur le mec qui est à mes côtés. Il est beaucoup plus grand que je pensais : ses épaules sont énormes, son torse est super-musclé et ses jambes n’en finissent pas. Il a également l’air beaucoup plus vieux que tous les mecs avec qui j’ai traîné cette année.

En même temps, il est en troisième année, idiote !

Ah oui. Mais… il a l’air plus vieux encore. Il est tellement viril que j’ai envie de lui arracher ses vêtements et de le lécher comme un Mars glacé.

Je prends un ourson en espérant que l’action de mâcher lubrifiera ma gorge qui est soudain trop sèche. À l’écran, la femme de McClane est en train de se disputer avec les journalistes qui leur ont causé des ennuis dans le premier film. Soudain, Logan me regarde d’un air curieux.

– Tu crois que tu pourrais faire atterrir un avion si tu y étais obligée ?

– Je croyais que tu avais vu ce film, finalement, elle n’a pas à le faire, tu sais, je l’informe en riant.

– Oui, je le sais, mais ça m’a fait penser à ce que je ferais si j’étais dans un avion et que j’étais le seul à pouvoir prendre le contrôle. Je ne pense pas que j’y arriverais, soupire-t-il.

Je suis étonnée qu’il l’admette aussi facilement. La plupart des mecs répondraient sans doute qu’ils y arriveraient les yeux fermés.

– Moi non plus, j’admets à mon tour. D’ailleurs, j’aggraverais sans doute la situation. Je parie que je dépressuriserais la cabine en appuyant sur le mauvais bouton, sans faire exprès. En fait non : j’ai le vertige, alors je suis sûre que je m’évanouirais dès que j’aurais regardé par la fenêtre du cockpit.

Il rit doucement, et sa voix suave me donne des frissons.

– Peut-être que j’arriverais à piloter un hélicoptère, dit-il. Ça doit être plus facile qu’un avion, non ?

– Peut-être, je n’y connais strictement rien. Ne le dis à personne, mais parfois je ne suis même pas sûre de comprendre comment les avions restent en l’air.

Il éclate de rire, et nous nous concentrons de nouveau sur le film. Vous avez vu que j’ai réussi à tenir une conversation avec lui sans me mettre à jacasser ? Je mérite une médaille, non ?

Ne vous méprenez pas, je suis encore rongée par le stress, mais il y a quelque chose chez Logan qui me met à l’aise, peut-être est-ce parce qu’il est super-détendu. Cela dit, c’est dur d’être intimidée par un mec quand il mâchouille des oursons tant qu’il peut.

Pendant que le film se poursuit, je le regarde du coin de l’œil toutes les deux secondes, profitant de la situation pour admirer son superbe profil. Son nez est légèrement tordu, comme s’il l’avait cassé une ou deux fois. Et la courbe sensuelle de ses lèvres est tout simplement… diabolique. J’ai tellement envie de l’embrasser que je ne pense plus qu’à cela.

Ne te fais pas de films, Grace…

C’est vrai que m’embrasser est sans doute la dernière chose qui lui passe par la tête. Il est resté pour regarder Die Hard, pas pour fricoter avec une première année qui l’a comparé à Ted Bundy.

Je me force donc à me concentrer sur le film, mais je regrette déjà le moment où il va prendre fin, parce que Logan partira.

Cependant, lorsque le générique défile, il ne se lève pas.

– Alors, c’est quoi ton deal ? demande-t-il en me regardant.

– Comment ça ?

– On est vendredi soir, pourquoi tu es toute seule chez toi à regarder des films d’action ?

Sa question me rebute un peu.

– Parce que c’est un problème ?

– Non pas du tout, répond-il en haussant les épaules. Je me demandais juste pourquoi tu n’es pas sortie avec des amis, ou quelque chose comme ça.

– Ben, j’étais à une fête hier soir.

Surtout, ne lui rappelle pas que tu l’as vu – ne lui rappelle pas que tu l’as vu !

– Je t’y ai vu, d’ailleurs.

Aaargh !

– Ah bon ?

– Ouais, à la maison Omega Phi.

– Hmm. Je ne me souviens pas de toi. Cela dit, je ne me souviens pas de grand-chose. J’avais beaucoup trop bu.

Je suis forcément un peu vexée qu’il ne se rappelle pas m’avoir croisée devant les toilettes, mais je me dis que c’est ridicule. Il était bourré, et il venait de choper une meuf. Bien évidemment qu’il ne se souvient pas de moi.

– La soirée t’a plu ? demande-t-il.

Pour la première fois depuis qu’il est entré dans ma chambre, il me paraît mal à l’aise, comme s’il essayait de faire la conversation et que cela le gênait.

– Ouais, je suppose. Enfin non, je retire ce que j’ai dit. Je m’amusais beaucoup jusqu’à ce que je m’humilie devant un mec.

Son malaise disparaît lorsqu’il rit.

– Ah bon ? Qu’est-ce que tu as fait ?

– J’ai jacassé. Beaucoup. J’ai la mauvaise habitude de faire ça avec les mecs.

– Tu ne jacasses pas, là, remarque-t-il.

– Là non, mais tu as oublié ma tirade sur les serial killers ?

– Crois-moi, je ne l’ai pas oubliée, dit-il en souriant.

Waouh, son sourire en coin est affreusement sexy. Chaque fois qu’il le dégaine, ses yeux brillent d’un éclat enjoué et mon cœur bat un peu plus la chamade.

– Je ne te rends plus nerveuse, n’est-ce pas ?

– Non.

Je mens, bien sûr, parce qu’il s’agit quand même de John putain de Logan, un des mecs les plus populaires de Briar, et moi je suis Grace Ivers, une parmi les milliers de filles qui ont le béguin pour lui.

Il me toise du regard et mon sang s’embrase. Cette fois-ci, ses intentions ne laissent aucun doute. Est-ce que je dois faire le premier pas ?

Je devrais faire quelque chose, non ? Me rapprocher de lui, ou quelque chose comme ça ? L’embrasser ? Ou lui demander de m’embrasser ? Mince, je n’en sais rien. Je passe rapidement en revue mes années lycée, essayant de mettre le doigt sur la manière dont ces baisers-là avaient lieu. Est-ce que les mecs faisaient le premier pas, ou bien est-ce que c’était un accord mutuel ? Cela dit, aucun de ces baisers n’était avec des mecs aussi beaux que Logan – même de loin.

– Tu veux que je m’en aille ?

Sa voix rauque me surprend, et je me rends compte que cela fait presque une minute que je le regarde sans rien dire. Ma bouche est sèche et je dois déglutir plusieurs fois avant de pouvoir répondre.

– Non. Enfin, tu peux rester si tu veux. On peut regarder autre chose ou bien…

Je ne finis pas ma phrase parce qu’il se rapproche et sa main effleure ma joue. Mes cordes vocales se figent tandis que mon cœur bat la chamade. John Logan est en train de toucher ma joue. Ses doigts sont rugueux et il sent si bon que son parfum me donne le vertige. Il caresse délicatement ma pommette et je dois me retenir de ronronner comme un chaton.

– Qu’est-ce que tu fais ? je chuchote.

– Eh ben, tu me regardais comme si tu voulais que je t’embrasse, dit-il. Alors, je me disais que j’allais le faire.





4


Grace




* * *





Mon rythme cardiaque est dangereusement élevé. Je sens mon pouls battre dans mes oreilles et contre mes côtes.

Mon Dieu.

John Logan veut m’embrasser ?

– À moins que j’aie mal interprété ton regard ? demande-t-il.

Je déglutis en essayant de ralentir les battements de mon cœur. Je ne peux pas parler, car ma gorge s’est refermée et je dois me contenter de secouer la tête.

Il rit doucement et j’en ai la chair de poule.

– C’est un non à la mauvaise interprétation de ton regard ? Ou au baiser ?

Par miracle, j’arrive à formuler une phrase entière.

– Je veux que tu m’embrasses.

Il rit toujours en se rapprochant et s’allonge sur le côté en me repoussant sur le dos. Tous mes muscles se contractent lorsque sa jambe passe entre les miennes. Lorsqu’il pose une main sur ma hanche, je tremble si fort qu’il le remarque. Un sourire se dessine sur ses lèvres, qui se rapprochent de plus en plus des miennes.

Elles ne sont plus qu’à quelques millimètres, puis sa bouche effleure la mienne… et waouh, j’embrasse John Logan !

Mon cerveau est immédiatement submergé par tant de pensées que j’ai du mal à me concentrer sur une d’entre elles. J’entends mon père m’expliquer que je dois me respecter, me comporter convenablement et ne pas faire n’importe quoi à la fac. Et puis il y a la voix chantante de ma mère qui m’ordonne de m’amuser et de profiter de la vie. Quelque part au milieu de tout cela, il y a une petite voix tout excitée qui crie Tu embrasses John Logan ! Tu embrasses John Logan !

Sa bouche est chaude et ses lèvres fermes. Au départ, il m’embrasse doucement – un baiser sensuel et aguicheur qui me fait gémir. Il lèche ma lèvre et la mordille délicatement. Lorsque sa langue au goût d’oursons glisse enfin dans ma bouche, il pousse un grognement qui vibre à travers mon corps et se niche dans mes entrailles.

Embrasser John Logan est la chose la plus incroyable que j’ai faite de toute ma vie. Oubliées les vacances en Égypte quand j’avais neuf ans : la gloire des pyramides, des temples et des Sphinx n’est rien à côté de la sensation de ses lèvres sur les miennes.

Nos langues s’entremêlent et il grogne de nouveau en posant sa main sur mon sein. Doux Jésus. Alerte nichons ! Je pensais qu’on allait juste se bécoter un peu, mais maintenant on se pelote aussi ?

Je n’ai pas mis de soutif et quand son pouce caresse mon téton, cela déclenche une décharge électrique qui part de la pointe de mes seins jusqu’à mon clitoris. Tout mon corps est en feu, brûlant de désir. Je sens son érection bouillante sur ma cuisse et je suis encore plus excitée à l’idée que c’est moi qui l’excite !

Il arrache brusquement sa bouche à la mienne et parle d’une voix sourde et haletante.

– Est-ce que je dois m’inquiéter du retour de ta coloc ?

– Non, elle ne rentre pas ce soir. Elle est allée dans un bar en ville et elle a prévu de dormir chez Caitlin, qui est membre de Kappa Beta. À mon avis, c’est une très mauvaise idée parce que la dernière fois qu’elles sont sorties ensemble, elles ont failli se faire arrêter pour ivresse sur la voie publique, mais Ramona a flirté avec le flic et…

Logan me fait taire en m’embrassant.

– Un non aurait suffi, marmonne-t-il contre mes lèvres avant de prendre ma main et de la poser directement entre ses jambes tout en posant la sienne sur mon sexe.

Eh merde. Alerte préliminaires !

Je n’ai pas peur de ma réponse à ce que fait sa main – il lui suffit de me caresser une fois pour qu’une irruption de plaisir jaillisse dans mon bas-ventre. Non, c’est ma main qui m’inquiète, celle qui est en train de frotter l’érection de John Logan à travers son jean.

Ce n’est pas ma première fois : j’ai déjà branlé des mecs et j’ai déjà taillé des pipes qui étaient un succès puisque… si on en croit les éjaculations, elles ont eu l’effet escompté. Cependant, je n’ai pas suffisamment d’expérience pour me considérer experte en pénis. En plus, mes interactions avec le sexe masculin n’étaient en fait qu’avec un pénis : celui de mon copain du lycée, Brandon, qui avait aussi peu d’expérience que moi.

Si les rumeurs au sujet de Logan sont vraies, il a couché avec la moitié des meufs de Briar. Cela paraît énorme, donc je suis sûre que le chiffre est faux, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a couché avec plus de personnes que moi.

– Est-ce que ça va ? demande-t-il en massant mon clitoris par-dessus mon pyjama.

Je hoche la tête en le caressant de nouveau, et un gémissement étranglé lui échappe.

– Merde, attends.

Il gigote sur le matelas et mon cœur cesse de battre lorsqu’il défait sa braguette. Il baisse son jean et son boxer – juste assez pour libérer son érection – puis il tire sur l’élastique de mon pyjama et de ma culotte. Une seconde plus tard, sa main effleure mon sexe nu et mon bassin se soulève de son propre chef, cherchant plus de contact.

– C’est mieux ? demande-t-il en titillant mon clitoris.

Tellement mieux ! C’est si bon que je ne parviens qu’à exprimer un borborygme. Il sourit à ma réponse incohérente puis il m’embrasse de nouveau. Il prend ma main et la guide sur son érection, enveloppant délicatement mes doigts tremblants sur sa verge. Elle est longue et dure et sa chair lisse et chaude glisse facilement dans ma main.

Mon corps est en feu. Des vagues de désir déferlent dans mes veines pour se concentrer dans mon sexe et lorsque son doigt me pénètre, mes muscles se contractent sur lui. La pression est si intense que j’en oublie de respirer.

Nous n’arrêtons pas de nous embrasser, même pour reprendre notre souffle. Nos langues s’entremêlent tandis que nos mains s’affairent à leurs taches respectives. Il appuie son pouce sur mon clitoris tandis que son doigt me fouille, décuplant mon plaisir, formant un nœud serré dans mon ventre.

Les minutes passent. Peut-être même des heures – je n’en ai pas la moindre idée car je suis perdue dans les sensations divines que John Logan me procure. Je caresse son érection en serrant son gland chaque fois que ma main remonte, et son bassin imite les mouvements saccadés du mien.

– Plus vite, ordonne-t-il.

J’accélère le rythme, et il fait des allers-retours dans ma main en grognant doucement, son souffle chatouille mes lèvres lorsqu’il rompt le baiser. Ses yeux sont fermés et ses traits sont tirés tandis qu’il se mord la lèvre.

– Je vais jouir, marmonne-t-il.

Des ondes de désir s’accumulent entre mes jambes et je sais qu’il le sent car il grogne de nouveau en plongeant son doigt plus profond et plus vite encore. Quelques secondes plus tard, il s’effondre sur moi et il appuie son front sur mon épaule avec un dernier coup de bassin, puis il s’immobilise. Des jets chauds et mouillés couvrent ma main et il ouvre lentement les yeux. Waouh. Le plaisir qu’ils contiennent est à couper le souffle – je crois que John Logan, juste après un orgasme, est la chose la plus sexy que j’aie jamais vue.

– Tu as joui ? demande-t-il en reprenant son souffle.

Ah oui, c’est vrai. Mince. Son doigt est encore en moi. Il ne bouge plus, mais cela me fait penser à l’orgasme que j’étais sur le point d’avoir lorsque je me suis laissé distraire – par sa gueule sexy quand il jouit, par les coups de son bassin, par ses grognements sauvages.

Cependant, j’ai honte d’admettre que je n’ai pas joui et comme il a déjà pris son pied, je ne me vois pas lui demander de continuer. Alors, je hoche la tête.

– Euh… oui, bien sûr.

L’ombre d’un doute assombrit son regard, mais j’ai à peine le temps de cligner des yeux qu’il s’assied brusquement dans le lit.

– Je vais devoir y aller.

Je choisis d’ignorer la déception et l’irritation qui nouent mon ventre. Il est sérieux, là ? Il n’a même pas deux minutes pour une petite conversation post-coït ? Quel gentleman !

Il saisit un mouchoir sur la table de nuit et s’essuie tandis que je fais mine d’être parfaitement détendue en remontant mon pantalon. Je parviens même à sourire lorsqu’il utilise mon téléphone pour appeler un taxi. Heureusement, il n’est pas mis en attente, cette fois-ci, au moins le malaise n’est que de courte durée.

Je l’accompagne à la porte, où il hésite un instant.

– Merci de m’avoir accueilli, dit-il. J’ai trouvé ça fun.

– Pas de souci, ouais, moi aussi.

Une seconde plus tard, il tourne les talons et s’en va.





5


Logan




* * *





Lorsque j’entre dans ma chambre après ma douche, mon portable est en train de sonner. Comme tous les gens de mon âge envoient des SMS plutôt que de téléphoner, je sais qui m’appelle sans avoir eu à regarder l’écran.

– Salut, Maman, je dis en tenant ma serviette, tout en me dirigeant vers ma commode.

– Maman ? Jésus Marie Joseph. Alors c’est vrai ? Il me semblait bien avoir mis au monde un magnifique petit garçon il y a vingt et un ans, mais c’est un lointain souvenir, maintenant. Si j’avais eu un fils, il m’appellerait plus d’une fois par mois, non ?

Je ris en dépit de la culpabilité qui m’assaille. Elle a raison. Ces derniers temps, j’ai été trop occupé à faire la fête et à rédiger mes dissertations pour l’appeler aussi souvent que je le devrais.

– Je suis désolé, Maman. C’est toujours la folie vers la fin du semestre.

– Je sais. C’est pour ça que je ne t’ai pas harcelé. Tu révises dur pour tes examens ?

– Bien sûr.

Mais oui, je n’ai pas encore ouvert un seul bouquin, mais je suis à fond !

Cependant, ma mère n’est pas dupe.

– Ne mens pas à ta mère, Johnny.

– Très bien. Je n’ai pas encore commencé, j’admets. Mais tu sais que je travaille mieux sous pression. Tu peux attendre une seconde ?

– Oui.

Je pose mon téléphone et lâche ma serviette pour enfiler un jogging. Mes cheveux sont encore mouillés et des gouttes tombent sur mon torse nu, alors je me sèche la tête avant de reprendre mon portable.

– C’est bon. Alors comment ça va, au boulot ? Comment va David ?

– Bien, et très bien.

Elle passe les dix minutes suivantes à parler de son boulot, elle est chef de salle dans un restaurant à Boston, puis elle me raconte les dernières nouvelles de mon beau-père. David est comptable, et il peut être tellement ennuyeux que sa présence est parfois une véritable torture. Cependant, il aime ma mère de tout son cœur et il la traite comme la reine qu’elle est, donc je ne peux pas le détester.

Elle finit par aborder le sujet de mes projets pour l’été en prenant ce ton méfiant qu’elle emploie toujours lorsqu’elle parle de mon père.

– Alors, je suppose que tu vas retravailler avec ton père ?

– Ouaip, je réponds en essayant d’avoir l’air détendu.

Cela fait longtemps que mon frère et moi avons décidé de cacher à ma mère la vérité à propos de mon père. Elle n’a pas besoin de savoir qu’il s’est remis à boire et je ne veux pas raviver de mauvais souvenirs pour elle. Elle s’en est sortie, et elle ne devrait plus jamais y penser. Elle mérite d’avoir une belle vie et, aussi ennuyeux qu’il soit, David la rend heureuse.

Quant à Ward Logan, il la rendait misérable. Il n’a jamais levé la main sur elle ni abusé d’elle verbalement, mais c’est elle qui a dû nettoyer derrière lui pendant toutes ces années. C’est elle qui a supporté ses caprices d’ivrogne et ses séjours en cure de désintoxication. C’est elle qui le traînait au lit lorsqu’elle le trouvait ivre mort sur le sol du salon.

Je n’oublierai jamais cette nuit, lorsque j’avais huit ou neuf ans, lorsque mon père a appelé à la maison à deux heures du matin. Il bafouillait et il s’énervait parce qu’il avait picolé comme un trou dans un bar, qu’il avait pris sa voiture et qu’il ne savait plus où il était. C’était au beau milieu de l’hiver et Maman n’a pas voulu nous laisser seuls à la maison, alors elle nous a emmitouflés dans une couette à l’arrière de la voiture et elle a conduit pendant des heures à la recherche de mon père. Notre seul indice était un demi-nom de rue, parce que le panneau était partiellement couvert de neige et que mon père était trop saoul pour aller l’essuyer. Lorsque Maman l’a trouvé et qu’elle l’a mis dans la voiture, je me souviens d’avoir ressenti quelque chose de nouveau : de la pitié. J’avais pitié de mon père. J’admets avoir été soulagé lorsque ma mère l’a renvoyé en cure de désintox le lendemain.

– J’espère qu’il te paie convenablement, mon chéri, dit ma mère d’une voix triste. Jeffrey et toi vous faites tellement d’heures dans ce garage.

– Bien sûr qu’il nous paie.

Quant à nous payer convenablement… absolument pas, non. Je gagne assez d’argent pour payer mon loyer et mes courses durant l’année universitaire, mais mon salaire est loin d’être celui d’un travail à temps plein.

– Tant mieux. Est-ce que tu pourras quand même prendre une semaine de congé pour venir nous voir ?

– J’y compte, oui.

Jeff et moi avons déjà mis sur pied un planning qui permet à chacun d’aller à Boston pour passer du temps avec Maman.

Ma mère et moi discutons encore quelques minutes, puis je raccroche et je descends me chercher à manger. Je me sers un bol de céréales, complètes et sans sucre, comme nous y oblige Tucker, et je m’assieds au bar. Pour la centième fois depuis que je me suis réveillé, je repense à ce qui s’est passé hier soir.

Je me suis vraiment comporté comme un crétin en m’enfuyant cinq secondes à peine après avoir éjaculé sur Grace. J’en ai conscience, croyez-moi. Cependant, je m’étais à peine remis de mon orgasme que je me suis demandé ce que je foutais là. Bien sûr, Grace est géniale, sexy et drôle, mais est-ce que j’ai vraiment sombré au point de doigter des nanas que je ne connais pas ? Cette fois-ci, je n’ai même pas l’excuse de l’alcool parce que j’étais parfaitement sobre.

Le pire dans l’histoire ? C’est qu’elle n’a même pas joui.

Elle a beaucoup gémi, c’est clair, mais je suis sûr à quatre-vingt-dix-neuf pour cent qu’elle n’a pas eu d’orgasme, même si elle m’a assuré que oui. Aucune nana ne répond « euh, oui » quand vous lui demandez si elle a joui, c’est un mensonge, bien évidemment. Quant à son « ouais, moi aussi » quand je lui ai dit que j’avais passé un bon moment ? Vous parlez de flatter l’ego d’un mec ! Non seulement elle n’a pas joui mais en plus je suis de mauvaise compagnie ?

Je ne sais pas quoi penser, à vrai dire. Enfin, je ne suis pas bête : je ne vis pas dans un monde magique où les orgasmes tombent du ciel et atterrissent dans le lit d’une femme chaque fois qu’elle baise – je sais qu’elles simulent parfois… Cependant, je pense pouvoir dire avec certitude qu’aucun mec n’aime savoir qu’une nana a simulé avec lui.

Eh merde. J’aurais dû prendre son numéro. Pourquoi je n’ai pas pris son numéro, bon sang ? Mais je connais la réponse à cette question. Cela fait plus d’un mois que je n’ai pas eu envie de prendre le numéro d’une meuf que j’ai chopée, enfin, j’étais surtout trop ivre pour y penser.

Les pas qui résonnent dans le couloir me tirent de mes pensées et je lève la tête lorsque Garrett entre dans la cuisine.

– Salut, dit-il.

– Salut, je réponds en enfournant une bouchée de céréales et en faisant de mon mieux pour ignorer le malaise entre nous, tout en me détestant de le ressentir.

Garrett Graham est mon meilleur ami, bon sang, je ne suis pas censé être mal à l’aise en sa présence.

– Alors, tu as fait quoi finalement, hier soir ? demande-t-il en me rejoignant au bar avec un bol et une cuillère.

Je finis de mâcher ma bouchée avant de répondre.

– J’ai traîné avec une meuf. On a regardé un film.

– Cool, c’est quelqu’un que je connais ?

– Non, je l’ai rencontrée hier.

Et je ne la reverrai sans doute jamais parce qu’apparemment, le sexe avec moi est nul et ma présence est tout simplement médiocre.

Garrett se sert des céréales et attrape le lait que j’ai laissé sur le comptoir.

– Au fait, tu as appelé l’agent ?

– Non, pas encore.

– Pourquoi ?

Parce que cela ne sert à rien.

– Parce que je n’ai pas eu le temps, je réponds sur un ton un peu trop sec.

Garrett semble vexé.

– Ok, c’était juste une question, pas besoin de me sauter dessus.

– Désolé. Je… désolé.

Bravo John, beau discours !

Je réprime un soupir et je reprends une cuillerée de céréales. Un court silence s’installe entre nous, puis Garrett se racle la gorge.

– Écoute, je comprends, d’accord ? Tu n’as pas été sélectionné et ça craint. Mais ce n’est pas comme si tu n’avais pas d’autres options. Tu es libre maintenant. Tu n’es pas bloqué avec une équipe, donc tu peux signer avec n’importe qui. Et je t’assure qu’ils vont se battre pour toi, mec.

Il a raison. Je suis sûr que de nombreuses équipes voudraient me recruter. D’ailleurs, j’aurais sans doute été sélectionné si je m’étais inscrit. Cependant, Garrett n’est pas au courant, il pense que cela fait deux ans que je suis recalé et je ne l’ai jamais contredit. Est-ce que j’ai déjà dit que j’étais le pire ami au monde ? C’est peut-être tordu, mais je préfère que mes amis pensent que je n’ai pas été sélectionné, car c’est bien moins déprimant que de leur avouer que je ne jouerai jamais chez les pros.

Voyez-vous, Garrett a choisi de ne pas s’inscrire. Il veut obtenir son diplôme sans être tenté par la proposition d’une équipe. Beaucoup de hockeyeurs décident de lâcher la fac dès qu’ils sont recrutés, et après tout, comment ne pas se laisser tenter lorsque l’équipe de vos rêves fait tout pour vous convaincre d’abandonner vos études pour la rejoindre ? Cependant, Garrett est un mec intelligent : il sait que la signature d’un contrat avec une équipe pro ne garantit ni un succès instantané ni même du temps de jeu.

Nous avons tous les deux vu ce qui est arrivé à Chris Little, un coéquipier en première année. Il a été sélectionné, alors il est passé chez les pros, et après une demi-saison, une mauvaise blessure a mis fin à sa carrière. Non seulement il ne remettra plus les pieds sur la glace mais il a dépensé chaque centime de sa prime de bienvenue pour ses frais médicaux. Aux dernières nouvelles, il était reparti à la fac pour apprendre un métier. Je crois qu’il est chaudronnier ou quelque chose comme ça.

Donc oui, Garrett a raison de finir ses études. Quant à moi ? J’ai toujours su que je ne jouerais jamais chez les pros.

– Prends Gretzky, par exemple : il n’a pas été sélectionné, et regarde tout ce qu’il a accompli. Ce mec est une légende, c’est probablement le meilleur joueur de hockey de tous les temps.

Garrett essaie toujours de me rassurer et je suis partagé entre mon envie de lui dire de se taire et de le prendre dans mes bras pour le remercier d’être un si bon ami.

Je ne fais ni l’un ni l’autre, cependant, préférant l’apaiser.

– Je l’appellerai lundi.

– Tant mieux, dit-il en hochant la tête.

Le silence revient et nous nous levons pour mettre nos bols dans le lave-vaisselle.

– Au fait, on va chez Malone, ce soir, dit Garrett. Moi, Wellsy, Tuck, et peut-être Danny. Tu es partant ?

– Je ne peux pas, faut que je commence à réviser mes partiels.

C’est triste, mais je ne compte même plus tous les sujets sur lesquels j’ai menti à mon meilleur ami.





Grace


– Je suis désolée, tu peux répéter ? s’exclame Ramona en me dévisageant d’un air incrédule.

Je hausse les épaules comme si ce n’était rien d’exceptionnel.

– John Logan est venu ici, hier soir.

– John Logan est venu ici hier soir, répète-t-elle.

– Oui.

– Il est entré dans notre chambre.

– Oui.

– Tu étais dans cette pièce, et il est entré, et vous étiez tous les deux ici. Dans cette pièce.

– Oui.

– Alors, John Logan s’est pointé à notre porte, il est entré, et il était ici. Avec toi. Ici.

J’ai du mal à ne pas rire.

– Oui, Ramona. On a déjà établi qu’il était ici. Dans cette chambre.

Elle est littéralement bouche bée. Elle referme la bouche, puis elle l’ouvre pour pousser un cri si aigu que je suis surprise de ne pas voir les fenêtres voler en éclats.

– Oh mon Dieu ! s’exclame-t-elle en courant à moi pour s’asseoir sur mon lit. Raconte-moi tout !

Elle porte encore sa tenue de la veille : une minirobe noire qui remonte sur ses cuisses et des escarpins argentés qu’elle se dépêche de faire valser sur son lit à l’autre bout de la pièce.

Lorsque Ramona est rentrée, j’ai tenu à peu près trois secondes avant de lui annoncer la nouvelle, mais maintenant qu’elle me regarde avec cet air impatient, je n’ai plus envie de lui raconter ce qui s’est passé. D’ailleurs, j’ai honte de le lui dire parce que… eh bien… ce n’était finalement pas très excitant. J’ai aimé regarder le film avec lui et j’ai adoré le bécoter, du moins jusqu’à ce qu’il se lève et qu’il parte comme si j’avais la gale.

Finalement, je comprends pourquoi il ne chope que des nanas en soirée, elles sont sans doute trop bourrées pour remarquer si elles ont un orgasme et pour se rendre compte que John Logan vend du rêve mais brasse du vent.

Cependant, j’ai déjà ouvert ma grande bouche et je ne peux plus faire marche arrière. Il faut que je dise quelque chose à Ramona qui continue de me dévisager, alors je lui raconte que Logan a frappé à la mauvaise porte et qu’il a fini par regarder un film avec moi.

– Vous avez regardé un film ? C’est tout ?

Je me sens rougir.

– Eh ben…

Elle pousse un autre cri encore plus aigu.

– Oh mon Dieu ! Vous avez baisé ?

– Non, bien sûr que non, je ne le connais pas. Mais… on a un peu… fricoté.

Je n’ai pas envie de lui en dire plus et, heureusement, la révélation suffit à la satisfaire. On dirait une gamine à qui on offre son premier vélo.

– John Logan et toi vous avez fricoté ? ! Aaaaargh ! C’est tellement génial ! Il embrasse bien ? Il a enlevé sa chemise ? Est-ce qu’il a enlevé son pantalon ?

– Non.

Je mens, certes, mais ma meilleure amie ne tient déjà plus en place.

– J’arrive pas à le croire. J’arrive pas à croire que j’aie raté ça.

– Pourquoi, tu fais dans le voyeurisme, maintenant ?

– S’il s’agit de mater John Logan avec ma meilleure amie alors oui, carrément ! Je pourrais vous regarder pendant des heures ! Mon Dieu, écris-lui tout de suite et demande-lui une photo de sa bite !

– Quoi ? Non !

– Oh, allez, il sera flatté et… Non, j’ai mieux ! Invite-le ce soir ! Et dis-lui de venir avec Dean !

Je déteste ruiner ses plans, mais vu la manière dont Logan s’est dépêché de partir hier soir, je n’ai pas d’autre choix.

– Je ne pourrais pas, même si j’en avais envie. Je n’ai pas son numéro.

– Quoi ? s’exclame-t-elle, la mine déconfite. C’est quoi ton problème ? Tu lui as donné le tien, au moins ?

Je secoue la tête.

– Il n’avait pas son téléphone sur lui et je n’ai pas eu l’occasion de le lui donner.

Ramona se tait un moment et elle m’étudie, cherchant dans mon regard, comme si elle voulait lire dans mes pensées.

Cela me met horriblement mal à l’aise.

– Quoi ?

– Sois honnête, dit-elle. Il est vraiment venu ici ?

Quelle horreur !

– Tu es sérieuse ?

Elle répond en haussant les épaules.

– Pourquoi j’aurais inventé ça ?

– Je ne sais pas, commence-t-elle, clairement mal à l’aise. C’est juste que… tu sais… il est plus âgé, il est canon, et vous n’avez pas échangé vos numéros…

– Et ça veut dire que je mens ? je m’exclame en me levant du lit.

– Non, bien sûr que non, dit-elle.

Si elle veut rétropédaler, c’est trop tard, je suis déjà furax.

– Tu vas où ? demande-t-elle en me suivant à la porte. Allez, Gracie, je te crois. Tu n’es pas obligée de partir comme une furie.

– Je ne pars pas comme une furie, je dis en la fusillant du regard et en attrapant mon sac à main. Je retrouve mon père dans un quart d’heure. Je dois vraiment y aller.

– C’est vrai ça ? demande-t-elle sur un ton dubitatif.

– Oui, je dis en m’efforçant de ne pas hurler. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas super en colère contre toi !

Elle se dépêche de me prendre dans ses bras avant que je ne puisse l’en empêcher et elle me serre si fort que je ne peux plus respirer. C’est son câlin « pardonne-moi » que je connais par cœur.

– Je t’en supplie, ne m’en veux pas. Je suis désolée de t’avoir demandé ça. Je sais que tu n’inventerais jamais ce genre d’histoire. À ton retour, je veux que tu me donnes tous les détails, d’accord ?

– Ouais… d’accord, je marmonne.

Cependant, je ne dis pas ce que je pense, je veux juste partir d’ici avant de céder à la colère et de lui coller une gifle.

Elle recule, les traits détendus.

– Génial, alors à plus et…

J’ai refermé la porte derrière moi avant qu’elle ait pu finir sa phrase.





6


Grace




* * *





Lorsque j’arrive au Coffee Hut, mon père n’est pas encore là, alors je commande un thé vert au comptoir et je nous trouve deux fauteuils moelleux dans un coin de la salle. C’est samedi matin et le café est désert, j’ai le sentiment que la plupart des étudiants doivent soigner leur gueule de bois chez eux. Je viens de m’asseoir lorsque la cloche retentit au-dessus de la porte et que mon père entre, vêtu de sa traditionnelle veste marron et de son pantalon vert kaki, la tenue que ma mère appelle « le look du prof sérieux ».

– Bonjour ma puce, dit-il en souriant. Je vais me chercher un café.

Il me rejoint une minute plus tard, l’air plus agité que d’habitude.

– Je suis désolé d’être en retard. Je suis passé par mon bureau pour récupérer des copies et je me suis fait épingler par une étudiante. Elle voulait discuter du partiel qu’elle m’a rendu.

– Ne t’en fais pas, je viens d’arriver, je dis en enlevant le couvercle de mon gobelet pour qu’il refroidisse plus vite. Comment s’est passée ta semaine ?

– Ouf, c’était chaotique. J’étais inquiet de la mauvaise qualité des devoirs qu’on me rendait, alors j’ai allongé mes horaires de permanence pour les étudiants qui avaient des questions à me poser. Je suis resté à la fac jusqu’à vingt-deux heures tous les soirs.

– Tu sais que tu as un chargé de TD pour faire ce genre de truc, non ? je demande en fronçant les sourcils.

– Oui, et il m’aide, mais tu sais que j’aime interagir avec mes élèves.

Je le sais, oui, et je suis sûre que c’est pour cela que ses élèves l’aiment autant. Papa est prof de biologie moléculaire à Briar. C’est une matière qui n’est pas très demandée, en général, or il y a une liste d’attente pour assister à son cours. J’ai été à plusieurs de ses conférences, au fil des ans, et je dois admettre qu’il a une façon de rendre le sujet intéressant qui est, soyons honnêtes, loin d’être trépidant.

Papa sirote son café en me regardant par-dessus sa tasse.

– J’ai réservé chez Ferro vendredi soir, pour dix-huit heures trente. Ça convient à la birthday girl ?

Je lève les yeux au ciel. Je ne suis pas une de ces personnes qui font tout un plat de leur anniversaire. Je préfère les soirées tranquilles voire, dans un monde idéal, pas de soirée du tout. Cependant, ma mère est accro aux anniversaires : elle aime organiser des fêtes surprises ou encore forcer les serveurs à chanter dans les restaurants… Bref, son but est de m’infliger la plus grande torture possible, et elle réussit à chaque fois. Je crois qu’elle prend plaisir à faire honte à sa fille unique. Cependant, depuis qu’elle a déménagé à Paris, il y a trois ans, je n’ai pas pu passer un seul de mes anniversaires avec elle, alors elle a chargé mon père de m’humilier à sa place.

– La birthday girl, comme tu dis, n’acceptera de venir que si tu lui promets que personne ne chantera.

– Mon Dieu Grace, tu crois que j’ai envie de subir ça, moi ? Absolument pas. Nous dînerons tranquillement, et quand tu parleras à ta mère, après, tu lui diras que des mariachis sont venus te chanter une sérénade.

– Deal.

– Tu es sûre que ça ne te dérange pas qu’on ne dîne pas ensemble le jour de ton anniversaire ? Si tu veux le fêter mercredi, je peux annuler ma permanence au bureau.

– Vendredi c’est très bien, Papa.

– Parfait, dans ce cas. Ah, et j’ai parlé à ta mère hier soir. Elle m’a demandé si tu avais envisagé de changer tes billets pour y aller au mois de mai. Elle aimerait t’avoir pour trois mois plutôt que deux.

J’hésite. J’ai hâte de voir ma mère cet été… mais trois mois… Même deux risquent d’être un peu trop, c’est pour ça que j’ai insisté pour rentrer la première semaine d’août, même si la fac ne reprend pas avant la fin du mois. Ne vous méprenez pas, j’adore ma mère. Elle est fun et spontanée, et tellement pétillante et motivante que c’est comme avoir sa propre pom-pom-girl avec vous toute la journée. Cependant… elle est épuisante. C’est une petite fille dans un corps de femme qui agit de manière impulsive sans penser aux conséquences de ses actes.

– Je vais y réfléchir. Je dois d’abord décider si j’ai suffisamment d’énergie pour la suivre pendant trois mois.

Papa pouffe de rire.

– Ma puce, nous connaissons tous deux la réponse à cela, et c’est non. Personne n’a l’énergie suffisante pour suivre ta mère.

Ce qui est certain, c’est que lui, il ne l’avait pas. Heureusement, leur divorce a été cent pour cent amical. Je crois que quand maman a dit à papa qu’elle voulait qu’ils se séparent, il a été plus soulagé qu’autre chose. Et lorsqu’elle a décidé de déménager à Paris pour « se chercher » et « renouer avec son art », il l’a soutenue à fond.

– Je te dirai ça ce week-end, d’accord ?

Je tends la main pour reprendre mon thé et je m’immobilise lorsque la cloche sonne de nouveau et qu’un grand brun portant la veste de l’équipe de hockey passe la porte. Mon cœur cesse de battre un instant lorsque je pense voir Logan, mais ce n’est pas lui. Ce type est plus petit, plus trapu et loin d’être aussi beau.

Je suis surprise de me sentir déçue, mais je choisis de l’ignorer. Quand bien même ç’aurait été Logan, à quoi je m’attendais, qu’il vienne me rouler une pelle ? Qu’il m’invite au restau ? Mais oui. Bien sûr. Je l’ai fait jouir hier soir et il a pris ses jambes à son cou.

Sois lucide, Grace : tu n’es qu’une énième nana sur la longue liste des conquêtes de John Logan. Honnêtement ? Je crois que cela me convient. Aussi peu exaltant que ce fut, le fait d’avoir été… conquise par Logan est de loin la chose la plus excitante qui me soit arrivée de toute l’année.





Logan


– Est-ce qu’une nana a déjà simulé avec toi ?

Ma question sort de nulle part. Nous sommes lundi matin et je tapote nerveusement sur le comptoir en attendant la réponse de Dean qui, en route pour le frigo, s’est brusquement arrêté.

– Pardon, j’ai mal compris, je crois. Tu peux répéter ?

Son expression est la plus innocente au monde, et ce n’est qu’après avoir répété ma question que je me rends compte qu’il se fout de ma gueule. Un fou rire le prend et j’attends patiemment sa réponse tandis que des larmes coulent sur ses joues.

– Je t’avais entendu la première fois, mec, dit-il en cherchant son souffle. Je voulais juste t’entendre le redire… oh putain… je crois que je vais me pisser dessus. Tu t’es tapé une meuf et elle a simulé ? demande-t-il alors qu’un nouvel éclat de rire secoue ses épaules.

Je serre si fort la mâchoire que j’en ai mal aux molaires. Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris de me confier à Dean.

– Non, je marmonne.

Il rit toujours aux éclats.

– Comment tu sais qu’elle a simulé ? Elle te l’a dit ? Je t’en supplie, dis oui !

Je garde les yeux rivés sur ma tasse de café.

– Elle n’a rien dit du tout, c’est juste l’impression que j’ai eue.

Dean glousse toujours en ouvrant le frigo et en prenant la bouteille de jus d’orange.

– Ça vaut de l’or, mec. Le plus grand Don Juan du campus n’a pas réussi à faire jouir une meuf, tu m’as officiellement donné suffisamment de munitions pour que je me foute de ta gueule pendant des années.

Ouaip, c’est bien ça. Je ne vous ai jamais dit que j’étais intelligent.

De toute façon, je ne sais pas pour quelle foutue raison je me tracasse encore à ce sujet. J’ai lutté tout le week-end contre mon envie de voir Grace : je me suis obligé à réviser, j’ai joué à Ice Pro sur la box pendant six heures avec Tuck, j’ai rangé ma chambre et j’ai fait ma lessive.

Cependant, quand j’ai ouvert les yeux ce matin, j’ai décidé que je ne pouvais pas continuer ainsi. Je sais m’y prendre avec les meufs, bon sang, j’ai des techniques ! Les femmes savent que lorsqu’elles fricotent avec John Logan, elles repartent satisfaites. Je suis dingue de savoir que Grace n’a pas été satisfaite, ça me ronge.

Vous savez quoi ? Je n’ai peut-être pas son numéro, mais je sais où elle habite, et de toute façon je n’arriverai pas à me concentrer sur quoi que ce soit tant que je n’aurai pas rectifié la situation. Laisser une nana sur sa faim n’est pas seulement gênant, c’est inacceptable.



Trente minutes plus tard, je suis devant chez Grace.

Je ne dis pas que se pointer chez une fille à huit heures trente du matin est le meilleur moyen de marquer des points, mais comme mon abruti d’ego refuse de me laisser tourner la page, je n’ai pas d’autre choix. Je retiens ma respiration et je frappe à sa porte.

Une seconde plus tard, je suis face à Grace qui est en peignoir.

Elle écarquille les yeux en me voyant.

– Salut ! s’exclame-t-elle d’une voix très aiguë.

Je déglutis et je fais de mon mieux pour ne pas penser au fait qu’elle est sans doute nue sous son peignoir. Il lui arrive aux genoux, la ceinture est fermement nouée, mais le haut bâille un peu, m’offrant une vue plongeante sur son décolleté.

– Salut, je réponds avant de me racler la gorge. Je peux entrer ?

– Euh, ouais.

Elle me regarde en souriant timidement et referme la porte sur moi.

– Je n’ai pas beaucoup de temps, j’ai cours de psycho dans une heure. Il faut que je m’habille et que j’aille à l’autre bout du campus.

– Je n’ai pas beaucoup de temps, moi non plus. J’ai un TD dans trente minutes.

Je mets mes mains dans mes poches parce que je ne sais pas quoi en faire. Je suis nerveux et je ne sais pas pourquoi. Je n’ai jamais eu de mal à parler à une fille jusque-là.

– Qu’est-ce qui se passe ? demande-t-elle en empoignant le haut de son peignoir, comme si elle venait de se rendre compte qu’il était à deux doigts de s’ouvrir.

– Tu es restée sur ta faim, n’est-ce pas ? je demande sans préambule.

– De quoi tu…

Elle s’interrompt et ses joues rougissent lorsqu’elle comprend de quoi je parle.

– Ah. Tu veux dire… ?

Je serre les dents et je hoche la tête.

– Eh bien… oui, admet-elle. Je n’ai pas joui, non.

– Pourquoi tu m’as menti ?

– Je ne sais pas. Tu avais déjà fini… et je suppose que je ne voulais pas heurter ton ego. Je lisais un article l’autre jour, qui disait que les mecs étaient très sensibles lorsqu’il s’agissait de ce genre de chose, qu’ils pouvaient perdre confiance en eux si une femme n’atteignait pas l’orgasme. Mais est-ce que tu sais qu’environ dix pour cent des femmes ne jouissent pas durant l’acte ? À croire les statistiques, les hommes ne devraient vraiment pas se sentir…

– Tu jacasses, Grace.

– Désolée, répond-elle timidement.

– Ça ne me gêne pas, je suis content que tu t’inquiètes pour mon ego, je réponds en souriant. Tu as raison de t’en soucier.

Elle a l’air surprise.

– Ah bon ? Pourquoi ?

– Parce que j’y ai pensé non-stop tout le week-end, et j’ai décidé qu’on devait y remédier.





7


Logan




* * *





Grace rougit et je me dis que je n’ai jamais connu quelqu’un avec un visage aussi expressif. Au moins je sais que si elle ne répond pas, c’est en partie parce qu’elle est gênée.

– Ah ? répond-elle enfin en fronçant les sourcils.

– Oui.

Je fais un pas vers elle en souriant.

– Alors ? Tu vas me laisser faire ?

Maintenant, elle semble paniquer.

– Te laisser faire quoi ?

– Te faire jouir.

Je suis rassuré de voir du désir remplacer son inquiétude. Je ne lui fais pas peur, Grace est chaude comme la braise.

– Euh… commence-t-elle en émettant un rire gêné. C’est la première fois qu’un mec se pointe chez moi pour me demander ça. Tu as conscience que c’est un peu bizarre ?

– Tu veux qu’on parle de ce qui est bizarre ? J’ai passé tout le week-end à rêver de ce moment. Je n’ai pas l’habitude de me comporter comme un connard, je baise à droite et à gauche, certes, mais je m’assure toujours que les filles passent un bon moment.

– J’ai passé un bon moment, je t’assure, soupire-t-elle.

– Est-ce que tu aurais trouvé ça mieux si je n’étais pas parti comme un voleur juste après avoir éjaculé ?

Elle rit de nouveau et c’est moi qui soupire, cette fois-ci.

– Tu me tues, ma belle. Je viens de te dire que je veux te faire hurler de plaisir et tu ris ? Est-ce qu’on ne vient pas de conclure que mon ego est fragile ?

– Mais… je croyais que tu n’avais pas le temps ?

– J’ai dix minutes de marche pour aller à mon TD. Ça me laisse vingt minutes, et si ce n’est pas suffisant pour te faire jouir, alors j’ai une grosse remise en question à faire.

Grace joue avec les mèches de ses cheveux mouillés, clairement nerveuse. Je regarde ses lèvres, qu’elle humidifie en y passant sa langue, et je meurs d’envie de l’embrasser.

– Alors ? j’insiste en faisant un second pas vers elle.

– Euh… ouais, si tu veux.

Je ris doucement.

– Bien sûr que je le veux. Mais est-ce que toi, tu le veux ?

– Ou… oui, répond-elle avant de se racler la gorge. Oui.

Je me rapproche encore et son regard devient plus brûlant. Elle a envie de moi. C’est réciproque, d’ailleurs, mais j’ordonne à ma queue de bien se tenir. Il ne s’agit pas de nous, mec. Seulement d’elle. Ma bite répond par un soubresaut, mais il est hors de question qu’elle obtienne quoi que ce soit. Avec une autre nana, j’aurais proposé une petite baise rapide, mais à moins que mon radar soit mal réglé, je suis certain que Grace est vierge. Non seulement je n’ai pas le temps pour ce genre de chose mais en plus… je n’ai pas particulièrement envie d’être sa première fois.

Alors que ça…

J’empoigne la ceinture de son peignoir et je tire délicatement dessus.

Ça, j’en suis plus que capable. Et cette fois-ci, je vais faire cela comme il faut.

J’ouvre juste assez sa robe de chambre pour caresser la peau nue de sa hanche. Elle frissonne dès que je la touche. Ses yeux noisette sont rivés sur mon visage, et lorsque je l’effleure de nouveau, elle gémit doucement et se rapproche de moi.

– Va sur le lit, je lui ordonne en la faisant reculer.

Elle s’assied sur le bord du matelas et elle ne me quitte pas des yeux, comme si elle attendait que je lui donne une nouvelle directive. J’expire tout l’air de mes poumons en m’agenouillant devant elle, et je finis de dénouer sa ceinture pour faire tomber son peignoir sur ses épaules. Je retiens brusquement mon souffle parce que la vue de son corps nu fait instantanément durcir ma queue. Grace est fine, avec des hanches minuscules et de longues jambes. Ses seins sont plutôt petits et ses tétons sont d’un superbe rose pâle. J’ai déjà l’eau à la bouche lorsque je me penche pour titiller un téton avec ma langue, j’ai trop besoin de connaître son goût.

Grace gémit doucement et se cambre pour avancer son sein dans ma bouche. Doux Jésus, j’ai envie de les sucer toute la journée. J’ai toujours adoré la poitrine des femmes, et l’idée de rester dans cette position jusqu’à la fin de ma vie fait augmenter mon érection. Cependant, les allers-retours sensuels des hanches de Grace me rappellent que je n’ai pas toute la journée, et il est hors de question que je parte sans lui avoir donné un orgasme.

Je libère son téton et je pose mes mains sur ses cuisses tremblantes.

– Ça va ? je demande en riant.

Elle hoche la tête.

Satisfait de sa réponse, j’écarte ses jambes, je baisse la tête et je pose mes lèvres sur sa chatte. J’ai toujours aimé faire des cunnis. La première fois, j’avais quinze ans, et j’étais tellement excité que j’ai éjaculé dans mon froc. Je ne suis plus aussi sensible, heureusement, mais je dois avouer que la sensation de la chatte lisse et chaude de Grace sous ma langue me fait frissonner de plaisir.

Je la titille lentement et elle s’allonge en s’appuyant sur ses coudes. Lorsque je regarde son visage, je vois qu’elle a fermé les yeux, sa bouche est légèrement ouverte et son pouls bat rapidement dans sa gorge. C’est tout l’encouragement qu’il me faut.

Ma langue glisse sur son ouverture. Bon sang, elle est trempée. Peut-être que je devrais m’inquiéter de ne pas répéter le fiasco de mes quinze ans, parce que mes couilles se contractent si fort qu’elles sont à deux doigts de disparaître.

Je serre les fesses pour maîtriser le désir qui déferle en moi et je me concentre sur Grace. Je remonte ma langue sur son clitoris et je le lape délicatement avant de l’embrasser et de le sucer. J’écoute ses réactions pour savoir ce qu’elle aime : lentement et doucement, apparemment, ses gémissements sont plus forts, alors je décide de prendre mon temps. Le problème, c’est que cela me chauffe aussi, et maintenant ma bite est douloureusement compressée dans mon jean, elle portera sans doute la marque de ma braguette d’ici à ce qu’on ait fini.

Je la pénètre lentement avec mon index et je suis immédiatement récompensé par un petit cri.

– C’est bon ? je murmure en levant les yeux.

– Mmm-hmm, susurre-t-elle.

Je suis encore plus déterminé à la faire jouir. Je continue à lécher son clito tandis que je la fouille avec mon doigt, m’enfonçant jusqu’à ce qu’il soit profondément niché dans sa chatte. Elle est serrée. Vraiment serrée, et mouillée, putain. Si elle ne prend pas bientôt son pied, mon pantalon va être aussi trempé qu’elle parce que je suis tellement proche de l’orgasme que…

– Je jouis, gémit-elle.

Waouh, en effet.

Son clito pulse sous ma langue et sa chatte se contracte sur mon doigt comme une main de fer.

Elle ne crie pas, d’ailleurs elle ne gémit pas non plus. Cependant, le souffle rauque qui s’échappe de sa bouche est plus excitant que tous les bruits des stars du porno. Je continue de la caresser et de la lécher tandis qu’elle tressaille en silence sur le lit.

Quelques secondes plus tard, elle se met à rire et à gigoter.

– Trop sensible, dit-elle.

– Désolé, je réponds en levant la tête et en souriant.

– Mon Dieu je t’interdis de dire que tu es désolé. Pas après…

Elle reprend lentement son souffle.

– C’était… génial, dit-elle en se redressant lentement, le regard voilé. Je ne sais pas quoi dire à part ça. Merci ?

Je ne peux m’empêcher de rire.

– Je t’en prie…

Mes jambes me paraissent anormalement faibles lorsque je me lève. Je suis encore affreusement dur, mais le réveil me dit que j’ai précisément onze minutes pour me rendre à mon TD de marketing. Dans d’autres circonstances, cela ne m’aurait pas gêné d’arriver en retard, mais c’est le dernier TD avant le partiel de demain et je ne peux pas me permettre de le rater. Il faut que je valide cette matière pour mon diplôme et je n’ai pas envie de la repiquer l’an prochain.

– Il faut que j’y aille, sinon je vais être en retard. Mais… je peux avoir ton numéro ?

– Ah. Euh…

Merde ! Une de rares fois où je demande le numéro d’une nana, elle hésite à me le donner ? Alors que je viens de lui donner un méga-orgasme ? Mon Dieu, qu’est-ce qui m’arrive ?

– À moins que tu ne veuilles pas me le donner ?

– Non, enfin si. Tu le veux maintenant ?

Je ris en espérant que cela passe pour de la drague plutôt que de l’angoisse.

– Maintenant ce serait bien, oui, je dis en sortant mon téléphone. Je t’écoute.

Elle me donne son numéro si vite que je dois la faire répéter. Je l’enregistre et je range mon téléphone.

– On peut peut-être se revoir un de ces quatre ? On pourrait regarder le prochain Die Hard ou…

– Ouais, pourquoi pas.

Elle est sérieuse ? C’est ça, sa réponse ? Qu’est-ce que je dois faire pour que cette nana me dise « oui j’adorerais ! » ?

– Super. Cool. Alors… je t’appellerai.

Elle ne dit rien et le silence qui s’ensuit me met mal à l’aise. C’est alors que je fais la chose la plus débile que j’aie jamais faite – et croyez-moi, j’ai fait beaucoup de conneries.

Je l’embrasse sur le front.

Pas les lèvres, pas la joue – son putain de front.

Bien joué mec, très viril et propice à la situation.

Elle me regarde d’un air amusé, mais je ne lui laisse pas l’occasion de commenter mon geste idiot.

– Je t’appelle, je marmonne.

Pour la deuxième fois en trois jours, je pars de chez Grace avec l’horrible impression que je viens de me comporter comme un enfoiré.





Grace


Mon cours de psycho dure trois heures, et je n’ai pas entendu un seul mot de ce qu’a dit le prof. J’ai passé cent quatre-vingts minutes à repenser à tout ce que Logan m’a fait ce matin.

Est-ce que n’importe qui peut devenir un saint ou y a-t-il des critères à remplir ? Peut-on nominer la langue de quelqu’un ? Peut-être y a-t-il un prix du don d’orgasme ?

Si oui, Logan le mérite.

Je n’en reviens toujours pas qu’il se soit pointé chez moi en exigeant de me faire jouir. Faut croire que son ego est aussi sensible que le disait cet article dans Cosmo, mais vous savez quoi ? J’ai trouvé son geste plutôt charmant. Cela fait du bien de voir que quelqu’un d’aussi confiant que John Logan peut douter de ses prouesses sexuelles.

C’est drôle. Il n’y a même pas une semaine, je me plaignais du manque de folie dans ma vie, et maintenant regardez-moi, le joueur de hockey le plus sexy de la fac débarque chez moi au petit matin pour me faire jouir.

Mon esprit continue d’être accaparé par Logan quand je retrouve Ramona et les filles pour déjeuner. Je les rejoins à notre table habituelle, contre le mur du fond du réfectoire qui ressemble à une grotte.

Carver Hall est mon endroit préféré à Briar. Celui qui l’a construit n’a pas dû prêter attention au reste de l’architecture du campus, car Carver est bâti dans un style rustique, un peu comme un chalet de montagne. Les plafonds sont hauts, les murs couverts de lambris et les plafonniers diffusent une lumière jaune et chaleureuse plutôt que la lumière blanche des néons des autres réfectoires. Et comme c’est à seulement deux minutes de mon foyer, je peux en profiter quotidiennement.

Je pose mon plateau sur la table et j’ouvre ma cannette de root beer1 en m’asseyant.

– Salut ! De quoi parlons-nous ?

Ramona, Jess, et Maya se taisent immédiatement, mais leurs visages me disent de quoi elles étaient en train de parler. De moi.

– Qu’est-ce qui se passe ?

Ramona me regarde timidement.

– Ok… ne m’en veux pas mais… je leur ai raconté, pour Logan.

Et mince.

Si je suis agacée, c’est surtout contre moi-même. Je ne sais pas pourquoi je continue à confier des secrets à Ramona. Lui demander de ne pas répéter quelque chose, c’est comme jeter une balle en demandant à un chien de ne pas courir après. Par ailleurs, cette année, elle est devenue super-amie avec Jess et Maya, qui aiment encore plus les ragots qu’elle.

– Alors, c’est vrai ? demande Jess. Vous vous êtes vraiment chopés ?

Je me sens mal à l’aise de parler de Logan avec elles, mais je connais ces filles et elles ne laisseront pas tomber tant que je ne leur aurai rien dit.

– Ouaip, je dis en regardant Jess.

– Ouaip ? C’est tout ce que tu vas dire ?

– Je vous ai prévenues, les filles, elle ne veut rien dire, dit Ramona en souriant. À l’évidence, nous devons rappeler à Grace la première règle de l’amitié : ne rien garder secret lorsqu’on se tape le plus beau mec du campus.

Je prends le temps de mâcher mes tagliatelles avant de répondre.

– Je n’aime pas les ragots.

– Tu sais, vu le manque de détails, on pourrait penser que ça n’a jamais eu lieu, s’exclame Maya d’un ton moqueur.

Comment ça, on pourrait penser ? Je fusille Ramona du regard. Cette peste raconte à tout le monde que je suis une menteuse ?

Ma meilleure amie s’empresse de se défendre.

– Eh, on en a déjà parlé, tu te rappelles ? Je te crois quand tu dis que vous vous êtes chopés, Bébé.

– Deux fois, je rétorque sans le vouloir.

Merde.

Ramona est littéralement bouche bée.

– Comment ça deux fois ?

– Il est revenu ce matin, je dis en haussant les épaules.

Jess et Maya retiennent leur souffle avant de lancer un cri aigu, puis elles tapent dans leurs mains en gloussant comme des dindes. Ramona, cependant, est étrangement silencieuse, mais son expression est indéchiffrable.

– Il est revenu ?! s’exclame Jess.

– C’était quand ? demande Ramona.

Sa voix est bien trop calme et polie pour ne pas me mettre sur mes gardes.

– Juste après que tu es partie en cours, ce matin. Mais il n’est pas resté longtemps.

– Tu as pris son numéro cette fois, au moins ?

– Non. Mais il a le mien.

– Alors, tu n’as toujours aucun moyen de le joindre.

Ce n’est pas une question ni même une remarque amusée. Il y a quelque chose de tranchant dans sa voix et, lorsque je tourne la tête, je ne manque pas de voir le sourire narquois de Maya.

Elles ne me croient pas.

Ramona peut le nier et rétropédaler autant qu’elle veut, ma meilleure amie pense que j’ai inventé toute cette histoire. Et, maintenant, elle fait douter nos amies également.

En même temps… nos amies ? La petite voix dans ma tête n’a pas tort. Je n’ai pas traîné avec une seule personne, cette année, que Ramona ne m’a pas présentée. La seule fois où j’ai invité des filles de mon cours de littérature chez nous, Ramona a ri et parlé avec elles toute la soirée, en leur disant qu’elle s’était éclatée, puis, après leur départ, elle m’a annoncé qu’elles étaient ennuyeuses à mourir et que je ne pouvais les inviter que lorsqu’elle n’était pas là.

Pourquoi je la laisse diriger ma vie, comme ça ? Je le tolérais au lycée parce que… je ne sais pas pourquoi, mais nous ne sommes plus au lycée. Nous sommes à la fac, et je devrais pouvoir passer mon temps avec qui je veux sans m’inquiéter de ce que Ramona en pensera.

– Non, je réponds en serrant les dents. Je n’ai aucun moyen de le joindre. Mais ne t’en fais pas, je suis sûre que mon partenaire imaginaire me contactera tôt ou tard.

Elle fronce les sourcils.

– Grace…

– J’ai une dissertation à finir. À plus tard.

Elle m’a coupé l’appétit, de toute façon. Je suis peut-être naïve, mais je pensais réellement que les choses seraient différentes à la fac. Je pensais que les rumeurs et les coups de poignard dans le dos n’auraient plus lieu d’être. Or, il faut croire que les pestes sont des pestes quel que soit le niveau d’éducation. C’est comme une visite à la ferme, si vous y allez en espérant ne pas voir des tas de fumier partout, vous allez être déçus. Voilà, une bonne question pour le baccalauréat : L’école est aux pestes ce que les fermes sont à…

La bouse. La réponse est la bouse.

Ramona me rattrape au moment où je sors du réfectoire en claquant la porte.

– Grace, attends !

– Quoi ? je m’exclame en me tournant brusquement vers elle.

– Je t’en supplie, ne m’en veux pas. Je n’aime pas que tu sois en colère contre moi.

– Oh zut ! Vite, dis-moi ce que je peux faire pour que ça aille mieux, Ramona ?

– Pas la peine d’être sarcastique, dit-elle tandis que sa lèvre se met à trembler. Je suis venue pour m’excuser.

Eh merde, si elle lâche ses larmes de crocodile, je vais péter un câble.

– Je refuse d’en parler, je rétorque froidement. Si tu crois que je mens, tant pis. Moi, je sais que je dis la vérité, et c’est tout ce qui compte, ok ? Mais sache que je trouve ça incroyablement insultant que ma meilleure amie pense que…

– Je suis jalouse, crache-t-elle.

– Quoi ?

Elle semble à deux doigts de s’effondrer.

– Je suis jalouse, ok ?

Je ne comprends pas ce qui se passe. En treize ans d’amitié, Ramona n’a jamais dit qu’elle était jalouse de moi.

– Ça fait des mois que j’essaie de choper Dean, se plaint-elle, et il ne sait même pas que j’existe. Et toi, tu chopes son meilleur ami sans même essayer ! Je me suis comportée comme une garce et j’en suis désolée. Je doutais de moi et je me suis défoulée sur toi. C’était injuste, mais je t’en supplie, ne m’en veux pas. C’est ton anniversaire mercredi. Je veux le fêter avec toi. Je veux que tout aille bien entre nous et…

– C’est bon Ramona, je soupire. Ne t’en fais pas, tout va bien.

– C’est vrai ?

La colère qui me rongeait disparaît lorsque je vois son visage plein d’espoir. C’est elle, la Ramona que je connais depuis treize ans : la fille qui m’a écoutée parler pendant des heures lorsque j’avais le béguin pour un mec au lycée, celle qui m’apportait mes devoirs quand j’étais malade, qui m’a appris à me maquiller et qui menaçait de casser la gueule du premier qui me regardait de travers. Elle est parfois égocentrique et superficielle, mais elle est incroyablement fidèle et gentille lorsqu’elle laisse tomber son rôle de bad girl.

Je lui en veux toujours d’avoir laissé penser à Jess et Maya que je mens, mais je ne veux pas foutre en l’air treize ans d’amitié pour une histoire aussi futile.

– Tout va bien. Promis, Ramona.

Un sourire étincelant illumine son visage.

– Tant mieux, dit-elle en me prenant dans ses bras. Allez viens, on rentre. Et tu vas me raconter tout ce que John Logan t’a fait ce matin. En détail !





* * *



1. Boisson gazeuse nord-américaine aux extraits de plantes.





8


Logan




* * *





Mercredi matin, je suis en route pour Munsen, et mon niveau d’enthousiasme est au plus bas sur l’échelle de la joie de vivre.

Je suis rarement obligé de rentrer chez moi durant l’année scolaire, sauf les rares fois où le mécano à mi-temps ne peut pas remplacer mon frère au garage et que celui-ci doit amener mon père chez le médecin. Heureusement, aujourd’hui, je n’en ai que pour deux heures. Je pense pouvoir tenir sans péter un plomb.

Par ailleurs, ce sera un avant-goût de mon été. J’ai tendance à oublier à quel point je hais travailler au garage. À la fin de la première journée, j’ai en