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Tous orateurs! : Convaincre, négocier, s'affirmer au quotidien

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Année:
2015
Editeur::
Eyrolles
Langue:
french
Pages:
240
ISBN 10:
2212562667
Fichier:
PDF, 26,28 MB
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Hervé Biju-Duval 1 Cyril Delhay

Convaincre - Négocier - S'affirmer au quotidien

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d'AI i Baddou
Jean-Pierre Mignard
Jean-Michel Jarre
Nicolas Le Riche
Anne Roumanoff
Alain Souchon ...

Véritable boîte à outils de la prise de parole, cet ouvrage vous propose :

les 20 fondamentaux à connaître
des exercices pratiques pour s'entraîner et progresser rapidement
des interviews exclusives d'avocats, de dirigeants d'entreprise, de
journalistes, d'universitaires et d'artistes qui livrent leur expérience et
donnent leurs conseils
20 mises en situation pour se présenter, animer une réunion,
convaincre, négocier, parler en situation de crise, répondre à une
interview, mobiliser pour l'action...
Un condensé de conseils et d'outils pour oser parler et faire de la parole un
atout clef dans votre vie quotidienne et professionnelle.

www.editions-eyrolles.com

Tous oràteurs 1

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Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 PARIS Cedex 05
www.editions-eyrolles.com

Des mêmes auteurs :
Cyril Delhay, Promotion Zep. Des quartiers à Sciences Po, H achette
Littérature, 2006
Cyril D elhay, Richard D escoings, Un lycée pavé de bonnes intentions,
Robert Laffont, 2010

Chez le même éditeur :
Laurence Levasseur, 50 exercices pour parler en public
Olivier Bettach et Pauline Klein, Voilà ce que j'aurais dû dire!

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En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement
ou partiellement le présen t ouvrage, sur quelque suppor t que ce soit, sans l'autorisation de !'Éditeur ou du Cen tre Français d'exploitation du droit de copie, 20, rue des
Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2011, 2015
ISBN : 978-2-212-56266-8

Hervé Biju-Duval et Cyril Delhay

Tous ore1teurs 1

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Deuxième édition

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EYROLLES

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Somm; dire
lntroduction ..................................................................................... 9

Partie

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1

Les 20 fondamentaux
de la prise de parole

Avant de parler... .................................................................... 15
Parler... aux autres ........................................................................... 16
Se préparer ....................................................................................... 2Lf
Se poser les six questions incontournables ............................ 28
Préparer un texte le pouvoir du verbe ..................................... 31
=

Faire parler le non-verbal ............................................................. 38
Respecter la contrainte du temps ............................................... Lf5
R4thmer et rendre vivante son intervention ............................ Lf8
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Se concentrer et se rendre disponible ........................................ 51

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Trouver sa voix et passer la rampe ............................................ 56

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Paroles de Nicolas Le Riche ....................................................... 62

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Paroles de Hélène Dupont ........................................................... 67

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Au moment de parler.. .......................................................... 69
Faire du stress un allié en prenant appui sur son corps ...... 70
Le premier pilier de la prise de parole s'ancrer dans le sol. .. 76
=

Le deuxième pilier: tenir sa verticalité ...................................... 80

5

Le troisième pilier : avoir une respiration pleine .................... 85
Le quatrième pilier : poser un reqard assuré et précis ........ 89
Le cinquième pilier : habiter les silences .................................. 92
Paroles de Juan Carlos Tajes, Jorqe Parente, Paul Vialard ... 96
Paroles de Alain Souchon ............................................................ 101

0

Avant. pendant après: à chacun son charisme ........... 103
Savoir écouter un interlocuteur .................................................. lOLf
Être ô l'écoute de l'auditoire ........................................................109
Préparer la première et la dernière impression ..................... 113
Être enqaqé dans sa prise de parole ......................................... 121
Cultiver son indépendance d'esprit et partaqer des valeurs ... 125
Paroles de Jean-Michel Jarre ......................................................128
Paroles de Jean-Claude Le Grand .............................................. 131

Partie
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20 situations passées

à la loupe

Parler face aux autres ........................................................ 137
Parler en face à face ...................................................................... 138

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Parler à la tribune ........................................................................... llfl
Animer différents t4pes de réunions......................................... Vi5
Participer à un débat ...................................................................... 151
Débattre lors d'une table ronde .................................................. 155
Paroles de Anne Roumanoff ....................................................... 158
Paroles de Christian Boiron .......................................................... 161

6 1 TOUS ORATEURS!

f) Parler juste dans chaque situation ................................. 105
Se présenter..................................................................................... 166
Séduire. convaincre ou contraindre :
mobiliser pour l'action ................................................................... 168
Vendre un produit ou un service ................................................170
Aider. donner des conseils, demander conseil ....................... 173
Féliciter ............................................................................................... 175
Faire des reproches ........................................................................ 177
Faire parler ses émotions ............................................................. 179
Parler en situation de crise .......................................................... 183
Néqocier ............................................................................................187
Paroles de Jean-Pierre Miqnard .....................................................191
Paroles de François Potier............................................................ 195

C) Parler aux médias ............................................................... 199
Répondre à une interview pour la presse ............................. 200
Parler à la radio, passer à la télé, vivre avec le Web ............21 0
Paroles de Ali Baddou .................................................................. 220

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Paroles de Catherine Malaval ..................................................... 22Lf

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Les auteurs ....................................................................................227

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Remerciements ............................................................................ 229

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Biblioqraphie ................................................................................. 231
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Table des encadrés .................................................................... 235
lndex ...............................................................................................237

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Sommaire 1 7

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lntroduction
On ne naît pas orateur, on le devient. En travaillant. L'objet de ce livre est de
donner au lecteur la méthode et les outils pour que l'art oratoire ne reste pas
un privilège de naissance lié à un mimétisme social ou à une plus ou moins
grande aisance personnelle. Chacun, à cond ition de le vouloir et de trava iller,
peut devenir un bon orateur. Avec de la méthode, chacun peut trouver la
confiance en lui et doit être capable de parler dix minutes sans micro devant
une assemblée de 1OO personnes, en étant compris et en tenant son auditoire en haleine.
Parler, c'est s'exposer. Ce livre est destiné à tous ceux qui souhaitent progresser rapidement dans leur prise de parole. Les règles fondamen tales pour
parler en public existent ; les méthodes pour développer ses capacités oratoires aussi. Elles sont vitales dans la vie étudiante, professionnelle et sociale.
Maîtrisées, elles peuvent favoriser bien des succès lors des examens universitaires et lors de ces examens de tous les jours que sont les prises de parole
en milieu professionnel.

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Pourquoi tant d'étud iants et de professionnels se trouvent-ils démunis pour
prendre la parole en public? Parce que l'enseig nement de la prise de parole
est ignoré dans le système éducatif frança is. À tel point que l'école républicaine a établi dans ses objectifs fondamentaux « savoir li re, écrire et compter», mais non « parler en public ». On préfère l'élève écoutant docilement
la parole du maître et absorbant les savoirs plutôt que celui qui débat et
affronte l'écoute et le regard des autres. Le pouvoir de la parole, pourtant si
nécessaire, a bien du mal à se partager.
Cet ouvrage est le fruit de plusieurs centaines de séminaires et séances d'accompagnement de dirigeants et de managers en milieu professionnel depuis
plus de vingt ans et d'un enseignement sur les fondamentaux de la pratique
oratoire, développé à Sciences Po depuis quinze ans. Cet enseignement a
pour objectif de permettre à chacun de déployer l'orateur qui est en lui. Il
prend la forme d'un séminaire-atelier où chacun travaille concrètement sur
lui-même et peut constater les progrès qu'il accomplit. L'exigence pra tique

9

de cette pédagogie se retrouve dans l'organisation de ce livre qui, une fois les
fondamentaux énoncés, fait la part belle aux points de méthode et d'entraînement et à l'analyse des mises en situation.
La première partie est consacrée aux fondamentaux, c'est-à-dire aux 20 principes qu'il faut connaître. Pour chaque chapitre, l'essentiel à savoir est expliqué en introduction. Des encadrés et des exemples historiques montrent des
cas d'application uti les pour comprendre jusqu'où peuvent aller les enjeux
concrets. Pour chaque thème abordé, des poin ts de méthode et des exercices d'entraîn ement sélectionnés pour leur simplicité et leur efficacité sont
proposés.
Les chapitres sur les 20 principes fondamentaux à connaître ont été conçus
comme des fiches. Ils peuvent se lire l'un à la suite de l'autre comme indépendamment les uns des autres, en fonction des besoins ressentis par le
lecteur.
Ils sont regroupés ainsi :
1. ce qui concerne la préparation,

«

Avant de parler » ;

2. ce qui est au cœur de l'action oratoire, « Au moment de parler » ;
3. ce qui correspond à un travail personnel de longue haleine, « Avan t, pen dant, après ».

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La prise de parole en public met chacun au pied du mur. La seconde partie de
l'ouvrage détaille et analyse 20 situations de la vie professionnelle et sociale.
Parler à la tribune ou en face à face, féliciter ou faire des reproches, négocier,
animer une réunion, répondre à une interview ..., autant de cas courants qui
peuvent fonctionner comme des pièges aux conséquences redoutables. Les
au teurs ont souhaité donner au lecteur les repères et les outils indispensables
pour éviter les chausse-trapes de chacune de ces prises de parole et rendre
accessibles les techniques éprouvées. La seconde partie prolonge ainsi la première en allant encore plus loin dans l'analyse du concret .
Dans l'art oratoire, tout se travaille ! Tout est possible pour qui est prêt à s'entraîner. Les principes à connaître sont des fond ations pour ceux qui veulent
construire sur du solide. Les principes et les conseils ne sont pas des recettes.

10 1 TOUS ORATEURS!

C'est ensuite à chacun de développer son art singulier, de personnal iser ses
méthodes, car parler, c'est aussi gouverner, c'est-à-dire orienter.
Les auteurs ont interviewé en exclusivité pour cet ouvrage une vingtaine de
personnalités. Douze entretiens plus intimement liés au propos du livre y ont
été insérés afin que le lecteur puisse en apprécier le cheminement particulier et la richesse. Les autres témoignages ont permis de nourrir de citations
utiles, de réflexions et d'analyses de cas les différen ts chapi tres.
C'est le choix des auteurs de n'avoir pas seulemen t interrogé les professionnels les plus évidents de la prise de parole que sont des journalistes, des dirigeants d'entreprise ou des avoca ts. L'art oratoire est avant toute chose un art
de la scène. C'est aussi un art à la croisée de différents arts, celui du coméd ien
bien sûr, mais aussi celui du chanteur, du mime, du compositeur, du danseur,
de !'écrivain ... Cette richesse est rarement saisie avec ses subtilités. Pour en
rendre compte, des artistes ont bien voulu partager leur réflexion sur l'art
de parler, nourrie de leur pratique et de leur œuvre. Le lecteur pourra ainsi
bénéficier des analyses d'artistes aussi divers que le danseur étoile Nicolas Le
Riche, le compositeur Jean-Michel jarre, le chanteur Alain Souchon ou encore
l'humoriste Anne Roumanoff. ..

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Les auteurs ont également souhaité associer à cet ouvrage l'éq uipe avec
laquelle ils partagent la responsabilité de ces formations à Sciences Po. Les
maîtres de conférences, tous divers dans leurs parcours et chacun pointu dans
ses doma ines de recherches, développent ensemble une même vision pédagogique et enrichissent mutuellement leur pratique de l'enseignement. Ils
on t bien voulu partager leur expérience et leur expertise transmises dans
l'ouvrage par des citations, des entretiens mais aussi des points de méthode
jugés particulièrement nécessaires.

Introduction 1 11

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de la prise
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Avant
de parler...

Une prise de parole se prépare comme une épreuve
sportive. On peut s'y entraîner dès l'enfance, parfois sans même en avoir conscience. Le temps de
préparation est comme la partie immergée de l'iceberg, on ne la voit pas, mais c'est la plus importante.
Préparer ne garantit pas la réussite de l'intervention
orale. Ne pas préparer maximise le risque d'échec.
On ne cesse de se préparer tout au long de la vie et
on se concentre pour chaque intervention ponctuel le,
en bénéficiant des fondations constru ites sur le long
terme et des strates d'expériences accum ulées. Pour
chaque intervention orale, une part décisive de la prépa ration passe par la conscience de son corps, qui est
notre instru ment oratoire, et par la conscience des autres,
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qu i sont la fi nalité de l'acte oratoire. De quoi surprendre

j notre tendance à l'hyper-rational ité qui nous laisserait

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penser que l'expertise strictement intellectuelle se suffirait

à elle-même. Art de la scène où l'acteur assume son propre

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rôle, la parole est aussi l'expression de la pensée de celui qui

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parle. Ainsi, l'orateur est dépositaire d'une immense liberté :

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être à la fois l'auteur, le compositeur, le chef d'orchestre et
l'interprète de sa parole ... Et d'un immense paradoxe: lorsque
je parle, l'autre écrit une partie de la partition.

15

Pàrler... àUX àutres
«

La parole est à moitié à celui qui écoute,
et à moitié à celui qui parle. »
Montaigne

Le prem ier objectif lorsque je parle est l'autre. Le schéma classique
de la comm unication - un émetteur qui émet, un récepteur qui reçoit
et reformule - est fondamental. Il établit clairement l'importance de
l'autre dans la communication. Une fo is cela énoncé, commence la
difficulté. C'est parce que l'autre est le premier objectif de ma prise de
parole qu'il s'agit d'un art et d'une pratique personnelle à construire
et à affiner au fil du temps.
Schéma de la communication, émetteur-récepteur

Contexte :
Connotation

Champ d' expérience
du récepteur

Champ d'expérience
de l' émetteur

Émetteur
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Message
Medium

Récepteur

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Dénotation

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Sdvoir ce que l'on veut dire, ce que
l'dutre entend, ce qu'il met en œuvre ...
Ce schéma de la communication peut aussi faire des ravages si l'on en fait une
lecture simpliste. Le statut du récepteur peut en effet fonctionner comme un
piège. L'autre n'aurait pour fonction que de recevoir ou d'écouter. On a pu dire

16 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

de ce schéma qu'il était télégraphique au sens où le message irait d'un point
vers un autre, ou balistique au sens où l'on envoie une bal le vers quelqu'un !
La communication ne se ferait que dans un sens. On croit maîtriser la chose,
et on ne maîtrise rien.
Si c'était si simple, la communication serait sans faille.
Les ratés de la communication font partie de la communication. On n'imagine
pas une course de haies sans haies ; il ne faut pas davantage concevoir la
communicalion sans ses risques et ses lacunes. Une bonne communication
commence par la conscience des risques, des ratés inhérents à toute prise
de parole ! « Les malentendus sont la chose du monde la mieux partagée. »
Le premier point de difficulté réside bien dans l'interprétation du message
par le récepteur, sachant qu'il peut il y avoir différence d'interprétation ... ou
divergence d'intérêt.
Les expressions du type : « Vous voyez ce que je veux dire », « C'est pourtant
simple ! », « Moi, je me comprends », surgissent d'autant plus facilement
dans une discussion que l'on ne se sent pas clair et lorsque l'on devine que
l'au tre ne comprend pas ce que l'on voudrait qu'il comprenne et n'est pas
sur la même longueur d'onde. Elles sont le signe d'une approximation dans
l'échange, d'une écoute seulement partiel le, de la part de l'émetteur, de ce
qui se passe en l'autre.

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Une étape plus loin, le « schéma des pertes » aide à visualiser les insuffisances
liées à toute situation de communication. Il rappelle qu'une bonne communication n'est pas innée, que cela se travaille et demande une vigilance constante.
Ce schéma se présente de la manière suivante :

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ce que je voudrais dire
ce que je dis vraiment
ce que l'autre entend
ce qu'il perçoit
ce qu'il retient
ce qu'il met en œuvre

De la parole de l'émetteur jusqu'à la mise en œuvre par le récepteur, le
destinataire peut fréquemment ne retenir que 1O % de ce qui a été dit
initialemenl. ..

Avant de parler... 1 17

Partaqer
Communiquer, c'est partager. L'intelligence de ce que le récepteur perçoit
ou pourrait percevoir, c'est tout le travail de pédagogie, d'attention à l'autre,
inhérent à l'échange, à l'enseignement, à l'apprentissage, au dialogue, à la
transmission de consignes, bref à la communication.
L'orateur gagne ainsi à avoir le schéma des pertes à l'esprit et à ne pas perdre
de vue que la communica tion se déroule à trois niveaux :
t celui du contenu, c'est-à-dire le message échangé ;

t celui de Io relation et de son contexte ; la relation avec le ou les aud iteurs

peut avoir une influence positive ou négative sur la communication ; le
contexte, le lieu et la fonction d'où je parle sont eux-mêmes porteurs de
signe et de sens ;
t celui de l'interprétation par le récepteur.

La vision du schéma émetteur-récepteur est infiniment plus subtile qu'il n'y
paraît au premier abord. À une vision télégraph ique de ce schéma, due à
des ingénieurs télégraphes américains dans les années 1940, succède une
conception circulaire où les notions d'interprétation, de rétroaction ou feedback deviennent décisives.

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La prise de parole est faite non seulement des mots que l'on prononce, mais
également des messages non verbaux émis par l'émetteur et le récepteur
pendant la communication verbale. Elle est faite aussi de ce que l'autre reçoit,
perçoit et retient.

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Les questions à se poser
Il est ainsi utile de se poser les questions suivantes (cf « Se poser les six
questions incontournables», p. 28) :
t dans quel état d'esprit la prise de parole est-el le attendue ?
t quel est le contexte de mon intervention : favorable, défavorable, indiffé-

rent ? Quelles interventions ont précédé ? Lesquelles suivront ?...
t à quel moment aura-t-elle lieu : le matin à 8 heures, avec des personnes

18 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

inégalement réveillées, arrivant en retard ; à 12 heures, avant la pause déjeuner, avec des auditeurs qui seront en hypoglycémie ; à 15 heures, au moment
du coup de barre de la digestion ; à 17 heures, quand le cerveau regagne en
attention?

t quelle sera sa durée : 2 minutes, 1o minutes, 1 heure ?
t dans quel espace ? dans quel lieu ? Une salle polyvalente ma l éclairée, le
salon feutré d'un cinq étoiles, un gran d amphithéâtre, une place publique ?
à
moitié vide ou vide ? Quelle est ma place par rapporl à celle de l'auditoire :
suis-je sur une tribune ? assis au même niveau ? suis-je visible par tous ?
audible par tous? (cf «Être à l'écoute de /'auditoire», p. 109)

t quelle est la configura tion du lieu ? une salle vas te ou resserrée ? Pleine,

t quel est le décor du lieu et son éclairage. En une formule, les mots que

j'emploie mais aussi tout ce qui est en dehors des mots, le non-verbal (cf
« Foire parler le non-verbal», p. 38), ont leur importance !
t qu'a-t-on retenu de mon intervention ? Quels commentaires en a-t-on fait ?

Communicationet technologies del'informationet dunumérique

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La conception circulaire de la communication se nourrit du rôle dynamique
désormais dévolu à celui qui n'était considéré que comme un récepteur passif.
C'est la génération Web : le récepteur est aussi émetteur. Sur le Web. le récepteur intervient. poste des commentaires. sous forme d'images et de textes que
l'émetteur est à son tour amené à prendre en compte.

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Les évolutions récentes des nouvelles technologies de l'information permettent
de retrouver la règle ancienne de l'indispensable interaction avec l'auditoire ou
les interlocuteurs. Règle que connaissent bien les orateurs depuis l'Antiquité
ou l'enseignant dans sa classe.
Si les technologies de l'information et du numérique suscitent davantage de
nouvelles interactions sociales. ce n'est pas parce qu'elles sont mobilisées par
celui qui parle. qu'elles garantissent une bonne interaction. L'usage du micro.
du téléphone. de la visioconférence. du Net ou plus simplement d'un diaporama
sont un tombeau à l'oral pour celui qui s'en sert sans discernement.

Avant de parler... 1 19

Le moment oratoire se construit non seulement avec l'autre pour objectif mais
aussi avec les autres. Même si le texte initial est composé par l'orateur, il n'est
pas l'objectif. Ce qui compte, c'est le texte au moment où il est énoncé, et
ceux qui l'écoutent, les autres, participent à l'écriture de ce texte-là. L'orateur
et son public constituent un tout organique.
Ëtre disponible aux autres tout au long du moment oratoire implique la nécessité de préparer avant et de travailler l'a ttention à la fois au contenu et à
l'auditoire.

De la difficulté de parler à un plus petit que soi

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Une conversation captée sur le canal 106, fréquence des secours maritimes de la côte finistère (Galice)
entre des Galiciens et des NordAméricains le 16 octobre 1997.
Galiciens (bruit de fond) : Ici le
A-853, merci de bien vouloir dévier votre trajectoire de 15 degrés
au Sud pour éviter d'entrer en collision avec nous. Vous arrivez directement sur nous à une distance de
25 milles nautiques.
Américains : Nous vous recom mandons de dévier vous-même
votre trajectoire de 15 degrés
Nord pour éviter la collision.
Galiciens : Négatif ! Nous répédéviez votre trajectoire
tons
de 15 degrés Sud pour éviter la
collision.
Américains (une voix différente de
la précédente) : Ici le capitaine !
Le capitaine d'un navire des ÉtatsUnis d'Amérique. Nous insistons,
déviez votre trajectoire de 15 degrés Nord pour éviter la collision.

Galiciens : Négatif ! Nous ne pensons pas que cette alternative
puisse convenir, nous vous suggérons donc de dévier votre trajectoire de 15 degrés Sud pour éviter
la collision.
Américains (voix irritée) : Ici le capitaine Richard James Howard, au
commandement du porte-avions
USS Lincoln, de la Marine na tionale des États-Unis d'Amérique, le
second plus grand navire de guerre
de la flotte américaine. Nous
sommes escortés par 2 cuirassiers,
6 destroyers, 5 croiseurs, 4 sousmarins et de nombreuses embarcations d'appui. Nous nous dirigeons
vers les eaux du golfe Persique
pour préparer les manœuvres
militaires en prévision d'une éventuelle offensive irakienne. Nous
ne vous suggérons pas, nous vous
ordonnons de dévier votre route
de 15 degrés Nord. Dans le cas
contraire, nous nous verrions obligés de prendre les mesures qui

20 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

........

••

s'imposent pour garantir la sécurité de cette flotte et de la force de
cette coalition. Vous appartenez à
un pays allié, membre de l'OTAN
et de cette coalition, s'il vous plaît
obéissez immédiatement et sortez
de votre trajectoire.
Galiciens : C'est Juan Manuel Sa las
Alcantara qui vous parle, nous
sommes deux personnes, nous
sommes escortés par notre chien,
par notre nourriture, deux bières et
un canari qui est actuellement en
train de dormir. Nous avons l'appui
de la radio de La Corogne et du
canal 106 « Urgences maritimes».
Nous ne nous dirigeons nulle part,
dans la mesure où nous vous parlons depuis la terre ferme. Nous
sommes dans le phare A-853,
au finistère de la côte de Galice.
Nous n'avons pas la moindre idée
de la position que nous occupons
au classement des phares espa gnols. Vous pouvez prendre toutes

les mesures que vous considérez
opportunes car nous vous laissons
le soin de garantir la sécurité de
votre flotte qui va se ramasser la
gueule contre les rochers ! C'est
pour cela que nous insistons à
nouveau et vous rappelons que le
mieux à faire, le plus logique et le
plus raisonnable sera it que vous
obéissiez. Déviez votre trajectoire
de 15 degrés au Sud pour éviter de
nous rentrer dedans !
Américains (après un silence) :
Bien reçu, merci.
Vrai ou pas ? Celle histoire teintée
d'anti-américanisme fait le tour du
monde sur le Web depuis plusieurs
années. À l'origine, il s'agissait sans
doute d'une blague qui aurait donné lieu à un film publicitaire, puis
aurait été transcrite sur la Toile
et alors présentée « comme une
conversation réelle », sans que les
internautes sachent dès lors distinguer le vrai du canular ...

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Méthode
1. Avant une intervention, je pense à tout ce qui va faire signe lorsque je

parlerai. j'en note la liste sur une feu il le.
2. Je mémorise mon intervention pour être dispon ible à l'auditoire.

Les Latins appelaient cela Memorio. L'objectif n'est pas de réciter ensuite son
discours, ma is d'être suffisamment libéré de son texte pour être présent à
ceux qui m'écouten t.

Avant de parler... 1 21

Deux méthodes :
t mémoriser les idées. D'abord le début et la fin. Cela va toujours mieux quand

on sait où l'on veut aller ... Puis apprendre les idées force, avec leurs exemples
et les transitions entre les idées force. Il faut attacher une attention particulière aux transitions si souvent négligées. Qu'est-ce que qui me fait passer
d'une idée à l'autre ? Le rôle des transitions est aussi important dans un discours que celui des articulations dans le corps humain. Une astuce : quand on
a du mal à se souvenir d'un texte, c'est souvent parce que ses transitions ne
sont pas bonnes ; c'est à prendre en compte comme un symptôme. Ne pas
hésiter alors à revoir sa structure ; une fois que j'ai mémorisé mon texte, je
peux réaliser une fiche aide-mémoire avec mots clés, idées force, exemples
et transition. Je ne prendrai la peine de rédiger que l'introduction (pour être
sûr de mon début) et la conclusion (pour finir comme je le veux) ;
t visualiser son discours sous la forme du plan de son appartement ou de sa

maison (très utile pour ceux qui ont une mémoire visuelle). C'est une technique qui remonte à plus de deux mille ans ! Ainsi, par exemple, l'entrée
devient l'introduction, la cuisine à droite, la première partie, le séjour, la
partie principale et ainsi de suite ...
3. Tirer les leçons d'un discours pour la fois su ivante : la préparation est
continue !

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Le feed-back : après une allocution, je me rem émore menta lement les di fférentes réactions de la salle, en distinguant les différents moments. Je les note.
Je peux m'aider au besoin en interrogeant des participants.
Je suis vigilant : c'est la réponse reçue ou l'action effectuée qui donne son
sens à la communica tion. La communication est réussie lorsqu'elle a produit
un impact, un effet correspondant à ce que l'on souhaitait.

22 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Lcl reformulcltion ou comment réduire le risque de mcllentendu
Lorsque je parle à des interlocuteurs et que je donne des indications, je veille
à ce qu'ils reformulent ce que j'ai énoncé avec d'autres mots que ceux que j'ai
employés.
Réciproquement, lorsque l'on me demande quelque chose, je veille à reformuler
avec mes propres mots ce qui m·a été prescrit. au besoin en apportant mon
propre complément d'information.
Pourquoi la reformulation est-elle difficile ? Au-delà du « c'est pourtant simple »
proche du niveau zéro de la communication. si l'on rechigne souvent à faire reformuler dans le détail, c'est soit parce que l'on est dans l'urgence, soit parce que
l'on ne conçoit pas combien la communication est un travail permanent de tissage
et de maillage, soit encore pour ne pas blesser l'autre : « Il va mal le prendre de
devoir reformuler des consignes simples », ou « il va considérer qu'on le sousestime, qu'on ne lui fait pas confiance ... »
Il est donc important, au sein de tout binôme, équipe ou groupe qui aura à communiquer et à travailler ensemble, d'anticiper, c'est-à-dire d'évoquer à froid,
avant que cela ne se produise, le fait que l'on va pratiquer la reformulation et
donc demander au récepteur de redire avec ses mots et dans le détail ce qui lui
a été transmis.

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Cela signifie que ce que dit l'émetteur n'est pas coulé dans le bronze de sa seule
compréhension. Seul compte ce que l'autre reçoit, perçoit et. le cas échéant, met
en œuvre. La carte n'est pas le territoire : pour l'un. les choses peuvent paraître
claires ; pour l'autre, il peut en aller différemment.

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Avant de parler... 1 23

Se prépàrer
meilleures improvisations sont celles
que j'ai le plus longuement préparées. »

« Mes

Winston Churchill
Comme le premier objectif est l'autre, se préparer signifie se rendre
disponible à l'autre et anticiper le moment de la prise de parole. C'est
penser à tout ce qui pourra contribuer au succès de l'intervention orale.
C'est aussi, sur le long terme, vaincre ses peurs éventuelles et travailler
sur soi. C'est encore se nourrir des expériences, des rencontres, des
lectures qui vont être le terreau de ses prises de paroles.

Se rendre disponible

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En préparant et en me préparant, je me rends disponible au
moment oratoire. Je maîtrise ce
qu'il y a d'imposé dans le parcours. Cela me permet d'être
disponible pour des figures libres
et pour l'auditoire. Ainsi, je peux
être dans le même instant que
l'auditoire. Je suis disposé à ce

' ' J'étais super timide. Pendant mes
études. il y a eu un déclic. Je me suis
dit : "C'est complètement con. tu vas
passer à côté de ta vie... " Pour vaincre
la timidité. il faut faire un boulot manier
l'émotion. Aujourd'hui. je parle sans problème et je suis meilleur que bien des
collègues non timides. parce que. ayant
conscience de ma timidité. j'ai bossé dix

fois plus qu'eux. ' '
que ceux qui m'écoutent parJean-Claude Le Grand1
partila
ticipent à l'écriture de
tion de mon in tervention. En me
rendant dispon ible, je sors de ma bu lle pour former un tout organique (cf
«Parler... aux outres » p. 76). Parce que je me suis préparé, je peux m'investir dans la relation qui fait la qualité du moment oratoire.
1

1. Vous trouverez en fin d'ouvrage une brève présentation des personnes interviewées.

24 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Performances et contre-performances d'un grand orateur :
Obama face à Romney en 2012

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On ne naît pas orateur, on le devient. À force d'entraînement et
de retour sur soi, de préparation et
de confrontation. Une fois la maîtrise des compétences oratoires
acquises, tout se rejoue cependant
chaque fois.
Barack Obama en fit la douloureuse expérience en pleine campagne pour un second mandat
présidentiel. Les 3, 17 et 23 novembre 2012, il doit affronter, lors
de trois débats télévisés regardés
par l'Amérique entière son challenger, Mill Romney.
Le premier débat est catastrophique. Les sondages à l'issue du
round donnent Barack Obama perdant et mis en difficu lté dans la
course aux présidentiel les. Jusquelà, il était favori 1. On a beaucoup
glosé sur les causes de cet échec :
Fatigue ? Manque de motivation ? Ce qui apparaît clairement
à l'écran, c'est le manque d'engagement physique et de présence à
l'auditoire. Obama est souvent mal
ancré dans le sol (cf «Le premier
pilier de Io prise de parole, s'ancrer
dons le sol », p. 76), le regard est
flottant, tombe (cf« Le quatrième
1. Le sondage du Pew Center effectué du 4
au 7 octobre, au lendemain du débat, plaçai t
Mitt Romney en tête, avec 49 % des voix,
con tre 45 % à Obama alors que ce dernier
était immanquablemen t donné va inqueur
aupa ravant.

pilier : poser un regard assuré et
précis», p. 89). Le maître hésite et
balbutie, la voix esl souvent atone.
Fatigue ou non, ce qui a manqué
à l'ath lète est manifestement un
échauffement physique et voca l
(cf «Trouver sa voix el passer Io
rompe », p. 56). Il est arrivé « à
froid sur le ring ». Avant un débat
comme avant une épreuve sportive, il faul mellre le corps en
alerte à un niveau d'énergie bien
supérieur au quotidien et faire
agir le couple tonicité/disponibilité (cf « Foire du stress un allié »,
p. 70). Le coup de semonce est
clair. L'orateur ne commet pas une
deuxième fois l'erreur. Au second
débat, debout devant un panel
d' Américains, il est alerte, souriant
et répond avec une distance ironique aux attaques de son adversaire. Corporel lement, il est très
présent, prêt à bondir, y compris
lorsqu'il est assis sur son tabouret
haut. Lors du troisième débat, les
deux orateurs expérimentent la
posture la plus délicate pour l'orateur, assis derrière une table. Tous
deux mobilisent leurs ressources
physiques et compensent admirablement celte dirficullé de posture. Très présent physiquement,
Obama ne lâche rien sur les contenus el fait valoir son ava ntage.
À Romney qui déclare : « Notre

........
Avant de parler... 1 25

~~

Marine n'a jamais été aussi réduite
depuis 1917. Elle dit qu'elle veut
313 navires pour mener ses missions. Nous en sommes à 285 »,
Barack Obama se contente de
répondre : « Je crois que le gouverneur Romney n'a peut-être pas
passé assez de temps à rega rd er

comment nos forces armées fonctionnent. Vous avez mentionné
la Navy et le nombre inférieur
de navires par rapport à 1916.
Eh bien, gouverneur, nous avons
également moins de chevaux et
de baïonnettes parce que notre
armée a changé. »

Méthode
ldentifier ses points forts et ses points de proqression
Durant trois à dix minutes, s'enregistrer devant une caméra, sur un sujet que
l'on se donne, une histoire qui nous est arrivée et que l'on raconte ou encore
un exposé. Regarder ensuite la prestation et analyser, si possible avec un coach
ou à défaut une personne de son
entourage qui pourra apporter un
' ' À Sciences Po. je me souviens avoir

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préparé des oraux avec des coachs.
On s'ent raînait en passant devant une
caméra. puis la vidéo était analysée. On
pouvait se voir... Au début je ne voulais
pas y aller. Je me disais : "Tu fais du
théâtre. tu n'as pas besoin de t'entraîner pour passer un oral... " J'ai commencé par un 6.5/20. Je me suis entraînée...
j'ai eu 9.5... Puis 14... Oh non. c'est trop 14.

regard extérieur et distancié. Garder
à l'esprit en visionnant la prestation
que l'image amplifie les défauts et
ne correspond pas à ce que l'auditeur

ça devait être 12.5... (rires)''

regardant et en se disant « qu'on est
nul ».

Anne Roumanoff

voit dans le réel : elle propose un
cadre particulier. Elle n'est donc qu'un
outil, et plus une loupe qu'un miroir.
Inutile donc de se faire peur en se

Se poser les bonnes questions
Quels sont les moments forts de l'intervention ? Quels sont ceux où l'on
décroche ? (cf « Rythmer et rendre vivante son intervention », p. 48).

26 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Le propos est-il toujours clair ? audible ? (cf « Trouver sa voix et passer Io
rompe », p. 56) Est-ce que je sais toujours ce que je veux dire ? Y a-t-il des
mots parasites (bah, euh, donc, voilà, en fait, traînantes incontrôlées sur les
syllabes ... ) ?
La présence physique est-el le engagée ? (cf « Être engagé dons sa prise de
parole », p. 121) Ai-je une bonne verti calité ? une bonne connexion corporelle ? une bonne présence du regard ? (cf « Le quatrième pilier: poser un
regard assuré et précis », p. 89).

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Avant de parler... 1 27

Se poser les six questions
incontournàbles
« L'auteur est ce qui donne à l'inquiétant langage de la fiction)
ses unités, ses nœuds de cohérence, son insertion dans le réel »
Michel Foucault, L'Ordre du discours
Les questions incontournables sont celles auxquelles je dois
systématiquement répondre sous peine de manquer une dimension
importante de mon intervention. Le danger est de rester prisonnier
de son vécu et. faute de repères, de manquer sa communication. Les
questions incontournables donnent à la fois une méthode pour partir
d'un cadre précis et les outils pour discerner ce qui fait que chaque
intervention orale est différente d'une aut re.

Avoir des questions pour boussole
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Se poser les bonnes questions, c'est une méthode simple pour, à la fois, ne
ri en oublier d'essentiel dans le temps de la préparation et mettre à distance
l'acte oratoire qui va avoir lieu. Cela perm et de se déterminer, de se fixer des
objectifs et de structurer ce que l'on va dire. Cela permet aussi de se préparer
à être plus disponible à l'auditoire.

@

Les questions incontournables sont au nombre de six :
1. Quoi ? Mon message ? Qu'est-ce que je veux leur dire ? Quel est mon

cœur de message ?
2. Est-ce que je crois en ce que je dis ? Suis-je convaincu par ce que je vais

dire?
3. Qui sont-ils ? Quel type de public : seniors, jeunes, syndicalistes, alliés,
sceptiques, curieux, opposants, passifs, sans avis, déchirés, intransigeants,

28 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

irréductibles ... Où en sont-ils sur le sujet que je vais aborder ? Que saventils ? Ont-ils besoin d'être rassurés, d'arguments, d'information ... ? Quelle
est l'importance de l'affaire en cours ? Quel sera l'état de mon auditoire au
moment où je prendrai la parole ? Quel sera leur état psychique et physique
au moment de mon intervention (début de journée, juste avant le repas,
juste après ... après plusieurs longues
interventions ... ) ? Quel est le degré
de proximité que je souhaite développer avec l'auditoire ? Quelles sont les
attentes de ceux qui m'écoutent ?
4. Quels sont mes objectifs ? Que

doivent-ils garder à l'esprit après mon
intervention ?
5. Quelles sont les conditions tech-

niques de l'intervention (éclairage,

niveau sonore, espace) ? Y a-t-il un
régisseur ou non ? De combien de
temps est-ce que je dispose pour mon
allocution ?

' ' La première fois où je suis allé en
Chine pour faire un concert. après Io
mort de Mao. les discussions ont duré
presque une année. À chaque réunion.
il y avait une quarantaine de Chinois.
Après Io pause, la réunion reprenait.
mais ce n'était plus les mêmes quarante
Chinois ! Nous n'avons jamais su qui avait
pris la décision. côté chinois. mais nous
n'avons pas touché à leur honneur, et
personne n'a perdu la face. ' '
J ean - Michel Jarre

6. Quelle est la forme de mon intervention. Top-down? Directif? Participatif?

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Interactif ? Y a-t-il un temps pour des questions après mon intervention initiale ? Quelles pourront-elles être ? Quelle part de mon propos est-ce que je
souhaite garder pour le moment des questions ?

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Les six questions, c'est pour s'en servir. Je les mémorise. Avant chaque intervention, je mets un mot de réponse en face de chacune. Après l'intervention,
je me repose les six questions et vois si j'y réponds comme avant. S'il y a
écart, j'en cherche les raisons et en tire les leçons pour la fois suivante.
Éva luer les autres, c'est une façon d'apprendre. Lorsqu'un autre intervient, je
fais mentalement l'exercice à sa place et j'éva lue son intervention orale à
l'aune des six questions.

Avant de parler...

1

29

Partir d'une paqe blanche
Pour bien répondre au « qui ? ». Les différences de culture ou de sensibilité
entre mes auditeurs et moi sont souvent sous-estimées. Il en va ainsi des
différences culturelles liées à un pays d'origine qui, si elles ne revêtent pas la
même importance d'un interlocuteur à l'autre, sont néanmoins à prendre en
considération. Sans systématiser ni verser dans le cliché socioculturel, ce n'est
souvent pas la même chose que de parler à un interlocuteur américain, turc
ou nippon, bavarois ou zambien. Il faut pouvoir faire abstraction de ses propres
présupposés et questionner les codes culturels de l'autre. Il en va ainsi lors des
négociations. Un Américain pourra avoir tendance à aborder directemen t le
sujet, au risque de paraître brutal. Les peuples latins, en France ou en Europe
méditerranéenne, ont souvent l'habitude de prendre davantage de temps pour
le contact initial, s'enquièrent en premier lieu de la santé ou de la situation personnelle de leur interlocuteur, prennent des détours, avant d'aborder le sujet.
D'autres encore font de la qualité de cet échange initial - qui pourra durer des
heures - l'essentiel de la rencontre et ne prendront plaisir à la négociation qu'en
fonction de la qualité de l'échange interpersonnel initial. D'où l'importance de
connaître les attentes de mon interlocuteur et les habitudes culturelles qui
peuvent être liées à un pays d'orig ine, aux coutumes, aux pratiques religieuses,
à l'origine sociale, à l'éducation ... La « méthode de la page blanche », c'est

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accepter que ses propres codes cul turels ne soient pas le seul référent, c'est
être capable de les oublier, de partir d'une « page blanche » pour mieux aller
vers l'autre.

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30 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Préparer un texte :
le pouvoir du verbe
« Au

commencement était le Verbe.

»

Évangile selon saint Jean, l 1
L'enjeu est de pouvoir composer un discours efficace en diverses
circo nstances et de mobiliser les matériaux nécessaires facilement. À
cette fin, chacun est amené à construire sa propre méthode au fil de
ses expériences. C'est dire s'il s'agit de l'art de toute une vie. Il est des
mots qui touchent, d'autres qui laissent indifférent ; il est des mots
qui réconc ilient, d'autres qui t uent. Dès lors que l'on parle en public,
toute parole ne s'envole pas.

Préparer son discours en cinq étapes
j'ai un discours à composer et je ne sais trop par quoi commencer ? Voici la

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méthode de préparation classique, en cinq étapes principales :
1. Trouver quoi dire. Cette étape se partage en deux moments. Dans un
premier temps, je laisse fonctionner mon imagina ire de façon li bre et sans
autocensure. Dans un second temps, je
trie les idées qui me sont venues. Je
précise ce que je veux dire et ce qui
est essentiel. Quel est mon message ?

''J'ai l'impression d'avoir la chance de
dire des choses qui coincident avec mes

Quel est mon cœur de message ?

Je marche beaucoup pour t rouver des
mots. les assembler. pour qu'ils aient un

2. Dans quel ordre le dire. Je com-

charme. Il y a aussi le plaisir d'agencer

pose mon discours, j'établis ses principaux moments et son architecture. Par
quoi est-ce que je veux commencer ?

des mots qui vont avec des notes. le

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frères humains. Je ne fais pas exprès.

plaisir de faire. de trouver. ' '
Alain Souchon

Finir ? Vais-je faire des détours et utiliser des digressions ou au contraire aller droit au but ?

Avant de parler...

1

31

3. Trouver les mots pour le dire ; c'est la question du style qui dépend de ce

que je veux dire, de comment je vais le dire et de l'auditoire;
4. Mémoriser le discours, non pour pouvoir le réciter, mais pour s'en déta-

cher et être disponible à l'auditoire;
S. Mettre en action le discours, répéter les gestes, les intonations et le débit
oratoire en envisageant parfois plusieurs options parmi lesquelles je choisirai

en fonction de ce qui se passera dans l'aud itoire au moment où je parle.
Préparer son discours, c'est préparer sa course : avant de passer les portes, le
slalomeur répète, mémorise, visual ise sa course, les yeux fermés, en simulant
le passage de chaque porte avec la main.
« Un carquois rempli de fl èches
de tailles et de modèles variés »

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Une entreprise majeure, complexe, délicate : la préparation des
discours de l'un des plus grands
orateurs du xxe siècle, seul chef
d'État européen à résister victorieusement à Hitler en ju in 1940,
Premier ministre britannique pendant toute la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill. Sa capacité exceptionnelle à mobiliser a
beaucoup dû à son éloquence.
Selon son biographe François
Kersaudy, Churchill apprend ses
discours par cœur, prévoyant les
moindres enchaînements, les
pauses, les mimiques et même les
interruptions. Un art qui est le fruit
d'un travail acharné. Churchill est en
erfet affecté d'un zézaiement marqué, qu'il s'entraîne chaque jour à

corriger. Comme dans tout art de la
scène, il s'agit cependant de faire
oublier le travail de préparation :
« Je passe sur tout le labeur que
m'avait coûté la préparation du discours, et sur tous mes efforts pour
dissimuler ce trava il de préparation», confie-Hl dans sa biographie
à propos de son premier discours à
la Chambre des communes. Il vient
d'être élu député conservateur. Nous
sommes en 1901. Il a 26 ans : « Il
me fallait essayer de prévoir la situation et d'avoir en réserve un certain nombre de variantes pour faire
face à toute éventualité. j'arrivai
donc avec un carquois rempli de
flèches de tailles et de modèles
variés, dont j'espérais que certaines
au moins alleindraient leur cible 1. »
1.

32 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Churchill, My Eorly Lite.

Le triple pouvoir des mots
Les mots possèdent un pouvoir de représentation et un pouvoir d'évocation . À
ces deux notions de représentation et d'évocation correspondent les notions
de dénotation et de connotation utilisées par les linguistes.
La dénotation correspond à la relation première qui existe entre le
mot et sa définition. Ainsi les mots
vacances, congés, RTT, free time,
week-end, loisirs dénotent tous la
même réalité : ils représentent des
moments de temps libre en dehors
du temps de travail ; mais chacun
d'eux a une connotation différente.

' ' Le silence. ça peut tuer... Quand on
ne dit pas les choses... le fait de garder pour soi ce qui ne va pas... ça peut
pourrir une relation. Parler permet
d'avancer. On n'a qu'une vie. Le nondit. c'est le pire ... mais il faut trouver les
mots pour le dire... ' '
Mimie Mathy

Les mots ont une force poétique, au-delà du sens littéral. La connotation,
c'est l'ensemble des évocations, des suggestions, des associations que véhicule un mot dans un contexte donné. Les connotations reliées au vocabulaire
sont multiples. On peut distinguer plusieurs types de connotations parmi lesquelles les connotations affectives, sensorielles, socioculturelles, fantasma -

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tiques, artistiques et littéraires. La combinaison des mots entre eux donne un
rythme et une résonance musica le. Les
mots mettent en mouvement l'ima-

' ' La longue de bois. c'est la peur de
dire. Entre ce que l'on est obligé de dire
et ce qu'il est interd it de dire. il n'est

ginaire et l'affectif. Le verbe est puissant ; il touche, émeut et fait rêver.

plus beaucoup de marge pour dire des
choses sincères. Par prudence. on se

Les mots peuvent, enfin, être action :
« Je vous déclare unis par les liens du
mariage », « affaire conclue », « je

dice d'un discours qui ne veut rien dire

VOUS

aime »...

réfugie dans des généralités. C'est l'inde compromettant. ne pas assumer
ses choix. ' '
Guillaume Perrault

Avant de parler...

1

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Paroles de paix, paroles de guerre

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Au-delà des mots justes, il y a les
formules percutantes, celles qui
sont susceptibles d'impressionner
la mémoire du public, qui ont une
vertu mobil isatrice et parfois en
deviennen t historiques.
À deux doigts de la défaite, les
mots de la victoire
Clemenceau est chef du gouvernement français, nous sommes
le 8 mars 1918. La situation est
la Première Guerre
extrême
mondiale dure depuis près de
quatre ans et a fait des millions
de morts. La Russie, l'alliée d'hier,
vient de signer cinq jours plus tôt
une paix séparée avec l'Allemagne.
Non seulement l'issue du combat
reste incertaine, mais la situation
sur le front se dégrade de jour en
jour. C'est dans ce contexte que
Clemenceau, alors âgé de 76 ans,
prend la parole devant la Chambre
des députés avec une énergie re doutable : « Le vainqueur est celui
qui peut, un quart d'heure de plus
que l'adversaire, croire qu'il n'est
pas vaincu : voilà ma maxime de
guerre, je n'en ai pas d'autre. [ ... ]
Mon rôle est de maintenir le moral
du peuple français à travers une
crise qui est la pire de toute son
histoire. [ ... ] Ma politique étrangère
et ma politique intérieure, c'est tout
un. Politique intérieure, je fais la
guerre : politique extérieure, je fais
toujours la guerre. [ ... ]

La Russie nous trahit, je continue
de faire la guerre. La malheureuse
Roumanie est obligée de capituler : je continue de faire la guerre
et je continuerai jusqu'au dernier
quart d'heure. »
« S'ils ont faim, qu'ils broutent
l'herbe »
À l'inverse, il est des formules malheureuses mais qui prouvent malgré elles la puissance du verbe.
Notamment celle attribuée à Foulon,
contrôleur général des finances,
c'est-à-dire en charge de !'Économie et des Finances du royaume de
France, début juillet 1789. Il aurait
dit de la foule affamée : « S'ils ont
faim, qu'ils broutent l'herbe [ .. .].
Patience 1 Que je sois ministre, je
leur ferai manger du foin; mes chevaux en mangent [ ... ] »
Mal lui en prit. Quelques jours plus
tard, la Bastil le tombe. Foulon se
fait passer pour mort mais est
reconnu et arrêté à Paris, une semaine plus tard, le 22 jui llet. il est
traîné dans la rue par une foule furieuse et pendu à un réverbère. Sa
tête est ensuite tranchée et portée
en procession dans Paris « livide et
du foin dans la bouche 1 ... »
1. En revanche, la repartie attribuée à la reine
Marie-Antoinette, qui aurait dit à la même
époque à l'in tention des femmes du peuple,
tout autant arfamées : « Mais qu'on leur
donne donc de la brioche ! » est sa ns doute
un fa ux historique.

34 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Méthode
Trouver quoi dire
Les grilles pour libérer la créativité. Sur un sujet donné, j'appl ique des questions systématiques qui vont m'aider à sortir des rails de ma pensée et libérer
l'imagina ire.
Classiquement : qui ? Quoi ? Où ?
Quand ? Comment ? Pourquoi ?
Je peux aussi utiliser des questions qui
n'ont o priori pas grand-chose à voir
avec le thème.
Par exemple, les cinq sens : sur
un thème donné, quelles associations d'idées me viennent dans les
domaines des cinq sens (toucher, odo-

' ' Quand on prépare. il ne faut pas
être seul. En ce qui me concerne. j'ai
besoin d'écrire. pour me mettre les
choses en tête. Je regarde et construis
le paysage général. Ensuite. je vais dans
le cœur du sujet. avec images et anecdotes. car il faut que les gens se représentent les choses. ' '
François Potier

rat, goût, écoute, vue) ?
Ou encore les contraires. Si je dois parler :
t de la beauté, j'évoquerai en contrepoint la laideur;
t des films en couleur, j'évoquera i en contrepoint les fil ms en noir et blanc.

Le fait de parler des contraires permet souvent d'approfond ir un thème et de
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renouveler les points de vue.

Composer l'architecture du texte,
en partant de la contrainte temps

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Voici les principaux moments du texte : l'introduction, la captation de bienveillance, le cœur du message, le développement principal, les idées et leur
argumentation, la conclusion.
En fonction du temps tota l, attribuer un temps donné à chaque moment du
discours. Par exemple, pour un discours de sept minutes, deux minutes à
l'introduction et à la captation de bienveil lance, quatre minutes au cœur de
message et au développement, une minute à la conclusion.

Avant de parler...

1

35

Choisir la clarté avant les effets de st4le
Je m'exerce à composer un texte avec des phrases simples et courtes, avec
une seule idée par phrase. Je relis avec deux pensées pour guide : « Ce qui se
conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément »
(Boileau, Ars Poetico) et : « Fa isons aussi simple que l'on peut, mais pas
plus » (Einstein).

Être un auteur exiqeant
Je me méfie du politiquement correct, les trappes pour la pensée du discours
ambianl et généralement admis.
' ' Il faut savoir être simple dans l'écriture. Moi, avec un texte mortel. je vais
emmerder les autres. Quel message ?
Quelle priorité ? Avoir des anecdotes ?
Combien de temps ? ' '
Anne Roumanoff

Je me méfie de la langue de bois,
parfois nécessaire pour éviter des
conflits inutiles, souvent paresseuse, le momenl où les mots ou
les formules, à force d'être dits sans
être investis de sens et d'émotion,
paraissent creux, cessent de parler 1.

Être un auditeur attentif
L'écoute est analysée de façon précise dans « Être à l'écoute de l'auditoire,
p. 109».
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Je sais aller dans le sens de l'interlocuteur. j'entre dans une pensée, essaie
d'al ler aussi loin qu'il m'est possible pour la comprendre et la faire mienne,
puis je la mets à distance et la critique.

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Être un auditeur critique
Je garde à l'esprit les ressorts les plus répandus de la séduction rhétorique, le
désir et la peur. Je suis capable de garder une distance critique.

1. Certains considéreront peu t-être que ce conseil n'est lui-même pas exempt de langue de
bois. Pour approfondir, deux ouvrages stimulants : Une histoire de la langue de bois, Christian
Delporte, Flammarion, 2011 et Langue de bois · Décryptage irrévérencieux du politiquement
correct et des dessous de Io longue, Gilles Guilleron, First Edi tions, 2010.

36 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Adopter le stor4tellinq
Je transpose un discours d'idées en une histoire ou une anecdote. La narration
se distingue de la preuve argumentée. Elle fait davantage appel à l'imaginaire et à l'émotion qu'à la raison. Elle met en scène des personnages, leurs
relations, leurs objectifs et les obstacles qu'ils doivent surmonter pour les
atteindre. Le message est implicite. C'est à l'auditeur qui devient partie prenante de l'argumentation de le reconstituer. C'est parce qu'il rend l'auditeur
actif dans le propos que le storytelling est si efficace.
Variante : Je me présente sous la forme d'une fiche d'identité puis sous la
forme d'une histoire que je ra con te.

La méthode de ... Hervé Pata
Chanter son discours

Pour voir si je peux poser sur le texte une mélodie et un rythme et ainsi
vérifier que le texte est mélodieux et rythmique, un seul conseil : chanter
son discours ...
On peut choisir ses mots en fonction de la qua li té harmonique des phonèmes1. Il y a en effet des syllabes qui arrond issent la voix ou qui vont l'éclaircir, d'autres qu i vont la rendre plus anguleuse et acérée. Ainsi, « préférer »va
entraîner vers les aigus. « Rantanplan >> timbre davantage la voix. Quelqu'un
qui a la voix trop aiguë doit faire d'autant plus attention au choix des phonèmes et des mots qu'il emploie et éviter les phonèmes qui amènent à l'aigu.
Pour être explicite, un « o » va être plus timbré qu'un « i »; un « i » lèvres en
avant qu'un « i » lèvres en arrière.

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1. Phonème (terme de linguistique) : brui t articulé, son articulé quelconque, voyell e ou
consonne.

Avant de parler... 1 37

Faire parler le non-verbal
« L'importance du geste p our un orateur est déjà perceptible dans le

fait qu'il peut tout signifier, ou presque, à lui tout seul sans paroles. »
Q uintilien
La conception de la communication où seuls les mots compteraient
renvoie à une vision abstraite de l'homme, qui de façon purement
intellectuelle émettrait ou recev rait les messages. La communication
sert à créer du lien et du liant. Non seu lement toute communication
n'est pas strictement verbale, consciente et volontaire, mais en
ouvrant ma conscience à tout ce qui communique en moi, en dehors
de moi et parfois malgré moi, je me donne les moyens de mieux
communiquer.

Être attentif à ce qui n'est pas texte

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' ' Les jurés, il faut les convaincre avec
la raison et le cœur. Le son de la voix est
important. la décomposition du visage
aussi. Elle est très importante pour exprimer l'indignation. J'ai vu ainsi Robert
Badinter jeune et beau. le visage décomposé. dans des affaires où la mort

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était réclamée. ' '

La distinction en tre verbal et nonverbal concerne en premier lieu la
distinction en tre le texte de l'orateur
et tous les signes qu'il émettra avec
son corps. En 1967 et dans une
étude pionnière à l'époque, Albert
Mehrabian avait ainsi évalué que,
dans une conversation, l'impact

Jean-Pierre Mignard

des mots était de 7 %, et celui du
ton, du timbre et de l'intonation de
35 %, le langage du corps ayant une part prépondérante avec 55 %. Sans
systéma tiser les chiffres proposés par ces travaux 1, l'attention doit ainsi être
portée sur l'ensemble des signaux donnés par l'émetteur et qui participent à
1. Mehrabian insiste sur le fait que ces résultats ne sont va lables que pour le cas précis de
situation de face -à-face où l'émetteur commun ique sur son étal d'esprit et ses sentiments.

38 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

l'échange. Le Canadien Philippe Turchet mène depuis une vingtaine d'années
des études lrès slimulantes sur le langage des émolions el les outils pour
décrypter les signes du corps 1 .
Il y a les signes émis par le corps, le ton, le timbre, l'intonation, le débit, le
sourire qu'aura l'orateur ou non, la qualité de ce sourire, sa présence à l'espace,
l'éclat du regard, les gestes et les attitudes, le contact préalable que j'aurai eu
avec ceux qui m'écoutent ou son absence. Sont aussi à prendre en compte les
éléments de contexte, le décor, les supports utilisés (PowerPoint, etc.), l'éclairage, les vêtements, mais encore d'où je parle. Cela vaut pour la fonction que
j'incarnerai aux yeux des auditeurs comme pour le positionnement physique
(assis, debout, derrière un pupitre ou une table, ou au contraire ouvert à l'auditoire). La lisle n'est pas exhaustive.
1. Le pionnier dans ce domaine avait été Darwin avec L'Expression des émotions chez l'homme
et les animaux, édité en 1872. Pour aller plus loin, consulter utilement Philippe Turchet, Lo
Synergologie, Pocket, 2010 et Le Langage universel du corps, Éditions de l'Homme, 2009.

Un demi-sourire pour une photo historique

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George Slephanopoulos,
alors conseil ler du
Président américa in Bil l
Clinton, relate 2 la façon
donl le chef d'État américa in et lui onl préparé
en 1992 la signature du
traité historique entre le
chef de I' Autorité palestinienne, Yasser Arafat,
et le Premier ministre israélien,
Yitzhak Rabin : « Samedi matin,
nous avons fait une répétition de la
poignée de main. Ce n'était qu'un
tour de chaufre ; quatre types
2. George Slephanopoulos, Ali Too Humon :
A Political Education, New York, Little, Brown,
1999, cité par Peter Collett, The book of Tells.

autour de mon bureau, en train de
se demander comment chorégraphier ce tango politique. Les signatures venaienl en premier, avec de
multiples exemplaires du traité,
nécessitant autant de signatures.
Puis le Président devait se tourner
vers la gauche et serrer la ma in

Avant de parler... 1 39

~~d' Arafat ; se tourner vers la droite
pour serrer celle de Rabin ; reculer
d'un demi-pas, bras légèrement
écartés du corps, en espérant
qu' Arafat et Rabin se tendraient la
main devant lui pour la photo de la
décennie ... »
C'est bien du mouvement et de la
place respective des corps dans l'espace dont il s'agit. Le moindre signe
non verbal est pensé : « La dernière chose que j'ai dite à Clinton,
fut "Pensez à votre visage". li était
assez malin pour ne pas sourire à
pleines dents au moment déterminanl ; mais s'il surcompensait, il
risquait d'avoir l'air sinistre ... Nous
avons répété un sourire bouche
fermée. »

Non sans conlenlement, l'auteur
constate le résultat de sa préparation pour ce qui va devenir une
photo historique : « La cérémonie
se déroula comme dans un rêve.
Rabin semblait encore nerveux ;
Arafat éta it encore en extase ; et
au moment culminant, Clinton
paraissait plus présidentiel que
jamais - calme, assuré et en plein
contrôle de la situation, tandis qu'il
reculait d'un dem i-pas, demi-sourire en place, et leur laissait la voie
libre. La foule retint son souffle.
Puis Arafat et Rabin tend irent la
main l'un vers l'autre, se serrèrent
la main, et la foule laissa exploser
sa joie. »

Ajuster distance et proximité

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La distance entre les personnes n'est pas neutre. On distingue couramment la distance sociale, la distance familière, personnelle et intime. L'appréciation de cette
distance peut varier en fonction des cultures ou de la personne. L'une aura facilemenl le sentiment que vous pénétrez dans son espace d'intimité alors que, pour
une même distance, une autre aura le sentiment que vous respectez la distance
sociale.
Les travaux sur la distance et la proximité entre individus s'inspirent également des Lravaux d'observation des animaux 1 . On a ainsi constaté que des
mouettes rieuses ou des pélicans se mettaient spontanément à une même
distance les uns des autres sur un plan d'eau, sur terre ou sur un fil électrique ...
1. Voir notamment les trava ux pionniers d'Hans Hediger « The Evolution of Territorial
Behavior », in Washburn s L. (dir.) Social Life of Eorly Mon, New York, Viking Fund Publications
in Anthropology, 1961, p. 34-57. Voir aussi T. Hall. « Proxemics - The Study of Man's Spa tial
Relations », in Galdston 1., (d ir.) Man's Image in Medecine and Anthropology, New York,
In terna tional Universities Press, 1963, p. 422-445.

40 1 LES 20 FONDAM ENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Nous devons avoir constamment à
l'esprit qu'il nous faut nous ajuster,
faire des rég lages afin d'être dans la
bonne distance ou la juste proximité
par rapport à l'autre, à l'auditoire. Si
nous sommes trop loin des autres,
s'il y a trop de distance, les messages
passeront mal. Si nous sommes trop
près, de façon analogue, certains
messages ne pourront être reçus. De

' ' Ce qui échappe ? Ce qui fait que
vous vous sentez bien avec quelqu'un
dans la rue. Le langage du corps est un
peu moins balisé que le langage verbal.
Un exemple : Obama en Chine. Il est
sorti de l'avion en tenant son parapluie.
ça l'a humanisé. Il y a eu un grand retentissement. ' '
Nicolas Le Riche

la même manière, trop de lien ou
trop peu de lien empêchent que les règles soient respectées. La bonne distance ne peut être mesurée une fois pour toutes, elle varie en fonction des
situations, des circonstances, des personnes.

Être en adéquation avec son corps
Le corps parle. Il y a congruence (ancien terme d'arithmétique) lorsque les
signes envoyés par le corps sont en cohérence et convergen t avec les paroles,
incongruence lorsqu'ils disent le
contraire des mots. Par exemple,

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dire « bienvenue » avec le sourire
et les bras ouverts est congruent.
Affirmer : « Bonjour, je suis heureux
de vous recevoir » les bras croisés et

' ' Je suis arrivé chez Ducasse à
Monaco. en 1994. Le responsable artistique du ballet de Monaco est venu
nous apprendre à nous décrasser dans
nos attitudes dans la salle. Le luxe absolu. c'est tellement profond que ça ne

le sourire crispé est non congruent.
se voit pas. ' '
Les bras croisés envoient un signa l
Gérard Margeon
de fermeture et le sourire crispé, de
tension, alors que je prétends adresser un message d'accueil. Lors d'un entretien ou d'une intervention publique,
les signaux que j'envoie avec le corps ne trompent pas, car le corps ment
moins fac ilement que la parole. Toute personne avertie peut décrypter le
langage du corps. Il faut néanmoins se méfier du charlatanisme : dire que
quelqu'un qui vous parle en se caressant le nez est en train de vous mentir
relève de la divination . Plus probants sont les variations ou les écarts de votre

Avant de parler...

1

41

interlocuteur par rapport à ses propres habitudes corporelles. Un collègue qui,
ayant l'habitude de vous parler tranquillement et droit dans les yeux, se met
à avoir le regard fuyant. ..

Être audible
La parole doit être audible. Un débit trop rapide la rend peu intelligible; trop
lent, exaspérante à entendre. La parole est riche ou pauvre en harmoniques,
fluide ou hachée, ronde ou sèche. Ces qualités se travail lent par la respiration
et par le placement de la voix (cf « Trouver sa voix et passer Io rompe »,

p. 56).

Sourire
La recommandation de sourire pour établir le premier contact conduit parfois à des excès. Si le sourire s'apparente à une grimace ou ne paraît pas
authentique, il peut jouer à contre-emploi. Un sourire ou une lueur, mais dans
les yeux, est souvent plus éloquent que sur les lèvres. Pour autant, les neu-

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''S'il y a une réunion avec 15- 20 personnes avec des t ables en rectangle. je
me mets debout. je circule. Le fait d'être
derrière la table protège; c'est une barrière de plus. Or. il faut s'exposer. avoir
le ventre à portée des autres. Une vraie
position d'échange : on est vulnérable.
mais on offre une vraie proximité.''
Jean-Pierre Arbon

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rosciences ont récemment montré
qu'un sourire chez un interlocuteur
stimule d'emblée, c'est-à-dire dès
les prem iers centièmes de seconde,
dix fois plus notre cerveau qu'un
visage fermé. Autant dire que le
réfl exe n'est pas conscient, et qu'il
ne s'agit à ce stade que d'une stimulation d'ordre électrique. Mais déjà
suffisante pour préparer le terrain à
une meilleure qualité d'échanges...

Orqaniser l'espace et l'éclairaqe
Est maître des lieux celui qui les organise. Combien d'orateurs oublient ce
précepte pourtant décisif dans la prise de parole. Souvent en raison du trac,
l'orateur se précipite au micro sans avoir pris la mesure de l'espace, de la
distance à ses interlocuteurs ou de l'éclairage. Combien se satisfont de parler
alors qu'ils sont mal éclairés ou dans la pénombre. Un bon éclairage permet

42 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

non seulement d'être vu, mais met en va leur et crée du relief. Il vaut mieux
prendre quelques minutes avant une intervention et s'assurer que sa position
dans l'espace correspond à ce que l'on souhaite assumer vis-à-vis des interlocuteurs (distance ou proximité, position hiérarchique ou égalitaire, centrale
ou périphérique) et que l'éclairage est bon, quitte à se déplacer de quelques
mètres pour se trouver sous le feu d'un projecteur plutôt que dans l'ombre.

Méthode
La conscience corporelle se développe en pratiquant. De même que l'on n'apprend pas à conduire par correspondance, on n'apprend pas à parler dans les
seuls livres. Il faut s'y mettre, passer de« on en parle» (!)à «on le fait ».
t Je répète les gestes, les intonations de voix, les silences. Je mémorise
autant le texte que les actions physiques. L'objectif n'est pas d'apprendre
par cœur pour réci ter, mais d'avoir
la maîtrise de ce que je dis et de
' ' Quand le corps. la respiration et la
note sont connectés. tu retrouves des
mon engagement physique pour
harmoniques dons ton mouvement.
être disponible aux autres à l'inslorsque le corps est disponible. ça vient
tan t de mon intervention orale.
enrichir la voix. Ce n'est pas un effet
t La

présentation
silencieuse.
L'exercice se fait en groupe.

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mais un geste. le mouvement est au
service de la parole. ' '

j'entre, je ne dis pas un mot. Les
Jorge Parente
questions sont posées après à
l'auditoire : qu'ont-ils reçu ? Les
entrées se font d'abord sans intention, puis avec une intention . Ce sera au
public de la retrouver. Je vérifie ainsi ma capacité à envoyer des messages
non verbaux clairs et authentiques.

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t Dans le prolongement de cette présentation silencieuse, je demande

à
quelqu'un de m'imiter. C'est un exercice d'observation et d'écoute. Cela permet de se rendre compte des messages que j'envoie.

Avant de parler...

1

43

La méthode de ... Laurence Daïen-Maestripieri
Caricaturer celui qui est passé

Cette variation ludique de l'étape précédente permet aussi de prendre
conscience des messages que l'on envoie.

La méthode de ... Stanislas Roquette
Débattre en « GROMLO »

Un groupe : tous assis en tailleur au sol, en cercle.
Une fiction : nous formons une communauté dont l'avenir est menacé, et qui
doit prendre des décisions fondamentales pour préserver sa survie. Tout le
monde est appelé à prendre parti, nul ne peut s'extraire du débat.
Une consigne : chacun doit prendre la parole pour exprimer une idée, une
proposition claire et construite, mais sans utiliser des mots compréhensibles.
Uniquement un langage « GROMLO », fait de sonorités, de borborygmes et
d'interjections dépourvus de sens. Il y a possibilité de prendre à partie les
autres membres de la communau té.
Une mise en évidence : l'importance de toute la partie non verbale (regards,
gestes, modulations voca les, sourires, croyance et partage ... ), qui permet (ou
non) de faire passer un message clair, alors même que son contenu n'est pas
identifiable.
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Un plus : cet exercice permet souvent de décomplexer et de révéler certaines
personnes qui n'auraient pas pris la parole aisément, s'il avait fallu parler
normalement.

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44 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Respecter la contràinte
du temps
«

Ce que les orateurs ne vous donnent pas en profondeur,
ils vous le donnent en longueur. »
Montesquieu

Respecter un temps de parole donné fait partie d'un contrat avec
l'auditoire. Que ce soit pour une réunion ou une intervention à la
tribune ou dans les médias, je ne peux parler sans m'être inquiété
au préalable du temps de parole imparti. Pour une séance de travail,
la durée de la réunion doit être au préalable indiquée aux différents
participants. La durée d'une intervention ou d'une réunion détermine
une des contraintes principales de la prise de parole.

Respecter son temps de parole
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Le temps de chacun est précieux. Ne pas maîtriser son temps de parole, c'est
risquer de ne pas rester en phase avec son auditoire, qu i va s'impatienter,
regarder sa montre, m'en vouloir de racketter ainsi son emploi du temps. Si,
en outre, mon intervention manque de rythme, l'impatience va rapidement
faire place à l'agacement et l'image que je donnerai de moi-même va se
détériorer.
Parler au-delà de son temps de parole, c'est en effet prendre le risque d'envoyer des messages négatifs (il ne maîtrise pas son temps de parole = il ne
maîtrise pas ce qu'il dit/il est verbeux/il s'écoute parler/il n'est pas attentif à
son aud itoire/c'est un incontinent verba l, etc.).

Avant de parler... 1 45

' ' J'ai été coaché par un journaliste. Il
m'a demandé de parler devant la caméra. seul. sans questions auxquelles
répondre. Cela a duré une heure. Puis il
m'a demandé de dire la même chose en
trente minutes. en un quart d'heure. en
trois minutes puis en une seule. Et j'ai découvert que j'arrivais à dire l'essentiel en
un temps très court. Comme en pub ... ' '
Christian Boiron

Un peu de souplesse est parfois
nécessaire pour que le temps de
l'intervention se construise avec la
salle ou avec les participants à une
réunion. De l'élasticité peut être
utile, ma is dans un cadre rigoureux.
Si l'on en vient à dépasser son temps

de parole, il faut veiller à renouveler le contrat avec l'auditoire : « Si
vous voulez bien, je prends encore trois minutes »... « j'ai été un peu plus
long que prévu, mais le sujet (ou la qualité de notre échange ...) l'a rendu
nécessaire ... ». Il ne faut se l'autoriser que lorsque l'on est certain de ne pas
ennuyer, que l'auditoire nous écoute, et sans en abuser.

Méthode
Maîtriser la durée de chaque moment de mon intervention
Calibrer précisément chaque partie avec un temps donné pour chacune. Parler
avec une montre ou un chronomètre devant soi et adapter son discours à vue
en fonction du temps écoulé. Si je fais plus court que prévu pour une partie,
je peux l'allonger avec d'autres exemples ou anecdotes. Si je m'achemine vers
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une durée plus longue, alors je ne dois pas hésiter à retrancher en évoquant
moins d'exemples ou en les développant moins.

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L'exposé en temps limité
Faire un exposé sur un même sujet en 1 minute/ 3 minutes/ 5 minutes/
1Ominutes. En une minute, je ne conserve que le cœur du message. En 3, je
peux commencer à évoquer des exemples. En 10, je peux réaliser une introduction, deux ou trois parties et une conclusion.
Dans chaque cas, recommencer tant que la durée de l'intervention varie de
+ ou - 1O O/o par rapport à la contrainte fixée de façon à bien intégrer la
contrainte du temps et à en faire une seconde nature.

46 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Le déqraissaqe temporel
Si l'on pense avoir beaucoup à dire, commencer par une présentation en une
heure. Puis la réduire à 30 minutes, en veillant à conserver les articulations
entre les idées. De la même façon, raccourcir ensuite à 15 minutes, puis à 3
en gardant à chaque fois un enchaîn ement clair des idées. En 1 minute, il ne
reste que le cœur du message.

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Il est ce qui met en mouvement, littéralement ce qui émeut l'auditoire et va
aider à convaincre. Le rythme dépend de la façon dont on dit le texte, mais
aussi de ce qui n'est pas texte, de ce qui n'est pas verbalisé (débit, intonation,
qualité des silences, regards).

De « 1 have a dream » à « Yes, we can »
Des mots historiques dans leur
rythme. Les grands discours historiques sont souvent structurés
selon une montée en puissance
appelée aussi « climax » : c'est le
cas du discours de Martin Luther
King 1 prononcé le 28 août 1963,
à l'occasion de la marche pour
les droits civiques. Un modèle du
genre. À la suite de plusieurs minutes sobres et tenues, l'orateur
trouve le moyen de scander dix fois
en trois minutes, en allant crescendo, « I have a dreom », à partir de
la douzième minute d'un discours
1. Le leader est assassiné cinq ans plus tard.

qui en compte seize. C'est aussi
Obama, le 9 janvier 2008. Nous
sommes dans le New Hampshire ;
le sénateur n'est alors qu'un candidat pour les primaires démocrates
et Hillary Clinton, épouse du précédent président démocrate conserve
l'avantage. De façon analogue à
Martin Luther King, Obama scande
quatorze fois pendant les trois dernières minutes d'un discours qui en
compte treize, non pas « I have a
dreom », mais « Yes, we con ».
La formule est aussitôt reprise en
slogan par la foule ... et promise au
destin qu'on lui connaît. ..

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S'affirmer avec sa seule
présence

' ' Les rythmes doivent êt re différents
selon ce que l'on veut exprimer. Les

Une bonne prise de parole doit tenir
sans outils (supports audiovisuels) en
mobilisant la voix, les gestes ... Libre à

ça entre peu en ligne de compte dans
le discours politique. Le rythme s'établit

moi ensuite d'utiliser des supports qui
vont contribuer au rythme et donner

Jean-Michel Jarre

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politiques devraient s'en inspirer, mais

en fonct ion de la pensée, de ce que l'on
veut exprimer. ' '

Avant de parler...

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49

' ' Savoir varier les registres. Être capable de faire sourire comme de susciter une émotion grave. Savoir utiliser
tout le nuancier de la prise de parole.
quelle que soit la palette des intonations.

de la chair à l'intervention, mais qui
n'en seront jamais le squelette. Aussi,
une bonne préparation se fait sans

Ne pas hésiter à utiliser le silence. ' '
Ali Baddou

Pas de béquilles, le meilleur aud iovisuel, c'est moi !

autre support.

R4thmer son intervention avec des supports audiovisuels
Une fois que je peux parler sans outils, je les utilise mieux, si je les considère
comme un élément du rythme, ce qui va aussi donner de la variété dans mon
intervention. Les supports deviennent un tremplin.

Essentialiser les qestes dans des attitudes tenues mais nuides
Au lieu de rester les bras serrés le long du corps lors d'une intervention, voire
mains ou bras croisés, j'ouvre le corps et je répète des gestes. Pour que ceuxci structurent et rythment mon propos sans le parasiter, je les tiens dans la
durée, sous la forme d'attitudes.

Oire un texte selon Louis Jouvet
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Un des plus fameux comédiens du xxe siècle. lui-même bègue à l'origine et
refusé trois fois au prestigieux concours du Conservatoire national d'art dramatique avant d'y devenir professeur. bien des années plus tard. suggère de
respirer pour changer de ton.
«Il n'y a qu'une chose qui puisse arrêter une phrase. c'est un changement de ton .

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Pour que le spectateur entende bien. il faut qu'on lui indique le changement
d'idée par un changement de ton. Pour obtenir un changement de ton, il faut un
changement de pensée. Il faut parler clair.
Respirer, c'est prendre du temps pour passer à un autre sentiment. Quand on respire à fond. au repos. au milieu d'une phrase, on est obligé de changer de ton 1. »
1. Louis Jouvet, Notes de cours, Librairie théâ trale, 1989.

50 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Se concentrer
et se rendre disponible
« Tant que l'homme sera mortel, il ne sera jamais décontracté. »

Woody Allen
La qualité de l'instant oratoire va dépendre de la qualité de la
présence de l'orateur dans l'instant. D'où la nécessité de préparer son
intervention, pour se libérer du texte et être plus agile à répondre
à l'impromptu. D'où la nécessité, aussi, d'être libéré de ses tensions
personnelles, mentales, affectives et corporelles, en se concentrant
et en pratiquant la relaxation. Tout en sachant se détendre, il faut
cultiver une tonicité corporelle et intellectuelle plus forte qu'au
quotidien.

Se libérer de ses tensions
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Libérer ses lensions permet d'apparaître plus détendu à l'in terlocuteur ou
à l'audiloire. Sans cela, je ris que fort d'envoyer des messages non verbaux
négatifs. En libérant mes tensions, je dispose mon corps à être le vecteur du
seul message que je souhaite transmettre au moment où je veux le transmettre, et non pas celui d'un état ou d'une tension parasites. Libérer ses tensions permet de détendre ses muscles et d'avoir une attitude corporelle plus
ouverte. Cette disposition va avoir un impact immédiat sur :

t la maîtrise du stress ;
t la verticalité;
t la capacité à bien projeter sa voix sans fatiguer les cordes vocales.
t la capacité

à se concentrer sur son objectif et sur l'aud itoire pour être plus

disponible et plus performant.

Avant de parler... 1 51

Les exercices de relaxation que d'aucuns pratiquent par ailleurs peuvent être
réinvestis pour préparer le moment oratoire.

Lee Strasberg et la relaxation àl'Actors Studio
Comme pour les autres dimensions de l'art oratoire. chacun est invité à
construire sa propre méthode. Rien n'empêche cependant de s'inspirer de celles
proposées par des maîtres dans leur art.
Lee Strasberg 1 en fait partie. Héritier de Stanislavski. il a été enseignant à l'Actors Studio. qui est sans doute l'école de formation du comédien la plus réputée
au monde. Il a été le professeur d'art dramatique de Marilyn Monroe pendant
plusieurs années et est nommé en 1951 directeur artistique de l'école. Parmi
ses élèves. on compte James Dean. Marlon Brando. Dustin Hoffman. Al Pacino.
Robert De Niro. etc. Il dirige l'école jusqu'en 1982. date de sa mort des suites
d'une crise cardiaque.

Se détendre pour être vrai

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' ' Le palace est un système terrible.
Vous êtes écrasés par le palace. même
les clients habitués. C'est une attitude.
une élégance. une rigueur absolue dans
une attitude apparemment décontractée. Il y a, au-dessus de la cave où nous
sommes. le responsable de salle. Il n'a
pas de stress apparent. Le service sans

Lee Strasberg insiste sur l'objectif de
la relaxation qui est de permettre à
l'acteur de se révéler.
« La tension est à la fois physique et

mentale ... Pour moi, la tension menta le est un ennemi bien pire que la
tension physique... j'ai découvert
qu'il y a trois régions qui dénotent

aucune tension. le talent absolu.... ' '
Gérard Margeon

la tension mentale... la première de
ces régions est cel le des tempes, où
l'on trouve ce que l'on appelle les
veines bleues. Quand quelqu'un est tendu, on le voit presser ses tempes du
bout de ses doigts, sans s'en rendre compte. Les maux de tête sont loca lisés
1. Lee Strasberg, Le Travail à l'Actors Studio, Gallimard, 1969.

52 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

à cet endroit ; il y a beaucoup de nerfs et de vaisseaux sanguins desservant
le cerveau. Nous demandons simplement à l'acteur de prendre conscience
de cette région et de permettre à ces nerfs de se détendre ... La deuxième
région va des ailes du nez aux paupières ... la troisième région est celle de la
bouche ... Détendre la région des tempes, des yeux, et toute la région de la
bouche de façon à réduire au maximum la tension. »
Et plus loin : « Quelquefois, le ta lent
de l'acteur se révèle pour la première fois si pleinement et d'une
façon si imprévue que l'on en reste
bouche bée ; l'acteur devient tout
à fait sensible ; son instrument fait
entendre une nouvel le gamme de

''La détente. c'est arrêter le jeu de l'esprit pour le mettre au service du corps.
pour être disponible. d'où l'importance
de la relaxation et de la verticalité. ' '
Jorge Parente

résonances ; l'émotion, qui d'ordinaire est retenue, déferle brusquement.
L'acteur devient vrai - pas simplement naturel. Sa concentration se fait complètement. Il dévoile totalement des aspects et des éléments insouçonnés
de sa personnalité avec un tel degré d'aisance et d'autorité qu'il semble
littéralement avoir ôté un masque et émergé d'un déguisement qui cachai t
auparavant sa vraie personnalité. Et pourtant il n'a rien fait d'autre que se
détendre. »

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Méthode

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Être en position assis relâché

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Où que je sois, je trouve une position confortable dans laquelle je pourrais
m'endormir. Je ferme les yeux, me concentre et me relaxe. Les sportifs de haut
niveau, les artistes de scène ne font pas autre chose. Tout le monde a besoin
de « temps de récup », soit pour se préparer à l'action, soit consécutivement

à l'action.

Avant de parler... 1 53

Se relaxer mentalement et ph4siquement
Nous reprenons la méthode de Lee Strasberg.
Dans un premier temps, il propose de se mettre en position « assis-couché
dite aussi « position du cocher de fiacre au repos ».

»

Puis, il suggère de se concentrer sur la tension mentale qu'il identifie dans les
trois rég ions vues ci-dessus.

La méthode de ... Hervé Pata
Abaisser la fréquence cardiaque

L'objectif de la relaxation est d'abaisser la fréquence cardiaque. Il faut que
la relaxation ne soit pas paralysante. On doit en effet pouvoir se relaxer en
toutes circonstances et en tout lieu, grâce à des exercices simples et rapides.
Il faut un minimum d'une minute pour que la fréquence cardiaque retrouve

' ' C'est la méditation qui m'a permis
d'aller vers plus de décontraction tout
en restant dans la rigueur. La méditation.
c'est une dé-contraction centrée. sur ce
que je suis. sur ce que les autres sont. ' '
Christian Boiron

un niveau satisfaisant grâce à une
respiration lente. La respiration lente
se partage en une inspiration d'au
moins deux secondes et une expiration d'au moins dix secondes. En
deçà de ces dix secondes, le temps
de l'expiration n'est pas suffisant
pour réduire la fréquence cardi aque.

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Les méthodes de ... Stanislas Roquette
Détendre, se faire du bien

Accroupi, tête relâchée (« on pourrait dormir » ), puis déroulé de colonne vertèbre par vertèbre, se faire grand sur la pointe des pieds. S'étirer, chercher les
mouvements qui nous font du bien. Bâiller. Se masser doucement le plexus
solaire, dans le V des côtes. Frotter les mains l'une contre l'autre puis réveiller
corps et visage en les frictionnant énergi quement. Détendre la mâchoire en
secouant la tête relâchée. Faire descendre l'énergie dans le sol en tapant les
ta lons. Tension/détente des poings et des épaules.

54 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Ancrage, posture, respiration
Méthode asiatique de la construction (taï-chi-chuan, qi gong) : « des racines
et des ailes», donner le poids du corps à la gravité (« les pieds sur terre»), fil
de soie au sommet du crâne (la fontanelle) qui nous relie au ciel. Respiration
abdominale pour dénouer les tensions liées à l'anxiété.
Ouverture, vivacité, écoute
Ouvrir le regard, faire naviguer ses
yeux de gauche à droite et de bas

' ' Le jeu entre tension et détente est à
l'image du diaphragme. C'est un couple.
Il s'agit de la respiration du muscle: plus
il est disponible, plus il est réactif. On a
plein de petits diaphragmes à l'intérieur

du corps. ' '
en haut sans rien sauter, vérifier
Jorge Parente
que l'on regarde vra iment, sans
balayer. Tout ouvert : gourmandise,
puis tout fermé. Développer une réactivité aux moindres sons, mouvements,

lumières, odeurs. Mettre en éveil ses cinq sens, être animal, tout voir, tout
entendre. Présence = être au présent.

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Avant de parler...

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Trouver Sd voix
et pdsser la rdmpe
« La voix, comme le reste, c'est la façon dont on vit, dont on pense. »

Louis Jouvet, Notes de cours
Rien de plus faux et de plus assassin que de prétendre que l'on naît
avec une voix donnée et que l'on n'y peut rien. Il n'y a pas de« pet ites
voix », il n'y a que des voix insuffisamment t ravaillées. Rien de plus
faux aussi et de plus néfaste que de croire que l'on a une voix qui
correspond à sa personnalité et que la travailler reviendrait à trahir sa
personnalité. Travailler la voix parlée consiste dans un premier temps
à se libérer de mauvaises habitudes corporelles qui conduisent à
fermer le corps, à rester sous tension et à emprisonner la voix.

Travailler sa voix
Quatre composantes de la voix méritent d'être travaillées :
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• la fréquence ou hauteur ;
• l'intensité ou puissance ;

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• le timbre ou ce qui enrichit sa mélodie ;

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t le débit qui donne le rythme et fait de l'orateur le chef d'orchestre de sa

parole.
La maîtrise du souffle associée à la respiration costo-diaphragmatique est la
clef du développement des potentialités vocales. Le son de la voix parlée se
forme par le passage de l'air entre les cordes vocales. Il s'enrichit ensuite et
s'amplifie dans quatre résonateurs principaux :
• le pharynx

56 1 LES 20 FONDAM ENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

t la cavité bucca le
t l'espace entre les lèvres
t les fosses nasales.

Trouver sa voix consiste à pratiquer quelques exercices à la portée de tous,
dans les domaines de la relaxation, du souffle, d'action sur les résonateurs et
de projection de la voix.
Jusqu'à ce que les scènes des
théâtres soient équipées d' électrici té, des bougies éclairaient le plateau de jeu sur le nez de scène. Les
comédiens devaient s'en tenir à distance pour éviter que leur costume
ne s'enflamme. D'où l'expression

''En chant lyrique. on travaille sa voix
comme on travaillerait, par exemple. le
violoncelle ; on cherche le meilleur son.
on le polit. on l'enrichit et on se l'approprie. Le corps est un espace de résonance. Ce n'est absolument pas une
question de volume. ' '

« passer la rampe », qui veu t bien

Poul Vialard

dire atteindre l'auditoire jusqu'au
fond de la salle alors même que l'on doit rester à distance du nez de scène.
Une tribune équipée d'un micro et d'un amplificateur ne dispense pas de cet
effort pour être entendu et vu de toute la salle. Passer la rampe, c'est en effet
prendre l'espace, tout l'espace. C'est aussi tenir le rythme, ne pas lâcher son
auditoire une seule seconde, ne pas le laisser vous lâcher non plus.

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Il y a des fondamentaux : il s'ag it de bien prononcer et d'articuler pour être
entendu alors que beaucoup oublient cette exigence élémentaire, par négligence ou par fausse pudeur.
Il s'ag it d'être audible pour l'aud itoire, sans fatiguer sa voix.

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La voix est aussi le reflet d'une personnalité, de notre état physique, mental,
émotionnel. Elle exprime l'engagement de celui qui parle ; elle est message.
Elle est la traduction orale de ce que dit le corps, l'entre-deux du corps et de l'esprit. À partir de là, l'enjeu est non seulement d'être entendu mais aussi d'avoir :
t une voix pleine et agréable ; o contrario, bien des voix non travaillées

saturent dans les aigus (les voix pointues) ou encore sont atones et sans
harmon iques;

Avant de parler...

1

57

t une voix persuasive; le travail vocal permet d'être conscient des rythmes

de son discours, du timbre de sa voix, de la prononciation. Ce sont autant
d'éléments déterminants du charisme d'un individu.
La voix doit affirmer une présence, communiquer un message, un souhait,
une direction, un sens, elle doit être un instrument de leadership.
Pour rendre sa voix plus agréable, il faut l'enrichir en harmoniques 1. Pour ce faire,
il est nécessaire de travailler l'ouverture corporelle et la respiration. Améliorer sa
relation aux autres au quotidien, par une voix agréable et assumée.
Parce que l'identité de l'orateur se joue dans la voix, la voix est porteuse de
sens, d'émotion et de sensualité. On parle de l'âme d'un instrument, on pourrait parler de l'âme de la voix. De façon réciproque, le grand violoniste Yehudi
Menuhin déclarai t lors d'un entretien avec Jacques Chancel : « Le violon est la
prolonga tion de la voix ... Il appartient à l'âme. »
C'est parce qu'il peut travailler sur sa voix que l'orateur est l'instrumentiste,
son corps, l'instrument. « Au départ, on n'a toujours que deux cordes vocales,
mais à l'arrivée une palette infinie de nuances », note Élisabeth Fresnel, phoniatre, du Laboratoire de la voix2.
À la radio, mais aussi dans les autres médias, la présence de la voix est décisive. Le son, c'est la musicalité. Il y a un pouvoir d'envoûtement et de cha rme

de la voix.

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Une voix riche en harmoniques
Une voix qui est riche possède sur tout son registre à la fois des harmoniques
graves (plutôt dans le bas du corps) mais nourries d'harmoniques aiguës [plutôt
dans le haut du corps). C'est trouver les deux moitiés du son. Quand un son
est pur, quand la voix est justement placée dans le corps, physiquement cela
produit des harmoniques. les différentes parties de notre corps entrent en résonance : alors le son s'en trouve enrichi. il sera comme plus épais dans l'air, il
voyagera mieux. Un son riche est nourri d'harmoniques. [Par Paul Vialard)
1. Harmonique : son musical simple et enrichi obtenu par la vibration et la résonance de la voix
dans le corps et projetée dans l'espace.
2. Elisabeth Fresnel, Lo Voix, préface de Barbara, Éditions du Rocher, 1997.

58 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

Méthode
Entraîner sa voix . Une vibration équilibrée, une respiration adaptée et l'utilisation des résonateurs permettent ainsi d'utiliser sa voix au mieux sans se
fatiguer.
Trois points sont essentiels pour une bonne pratique vocale :

Se détendre
La production de la voix est affaire
de vibration. Moins le haut du corps
est tendu, meil leure sera la vibration
et plus claire sera la voix. Plus important encore, la fatigue sera réduite.
Position : allongé(e) sur le sol, dos
contre un mur, jambes légèrement
fléchies ou debout et tête en bas, les

' ' Porter la voix. c'est se faire entendre.
La voix passe dans quelque chose pour
continuer à vibrer. La voix évolue dans
l'espace. On évolue dans un milieu plein.
pas dans le vide. Le son ne doit pas
s'arrêter dans la bouche. puis comme
laissé dans le néant. Il est projeté. ' '
Nicolas Le Riche

bras relâchés.

Prendre trois à quatre respirations lentes et profondes
Compter un temps pour l'inspiration, deux temps pour l'expiration. Sentir la

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respiration abdominale. Concentrer sa conscience sur le relâchement de la
bouche, du visage, de la gorge, du larynx et des épaules. Émettre des sons
légers sur des consonnes douces : « z », « v », « j », tout en veil lant à garder
la gorge et le larynx détendus.

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Adopter une posture adéquate

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Un bon appui des pieds sur le sol, sans raidissement ni enracinement prolongé, un équili bre du corps très légèrement sur l'avant plutôt que sur les
talons, un bassin et un buste relâchés et mobiles, des épaules et des bras
détendus ainsi que la nuque dans le prolongement du tronc, légèrement
baissée. Voilà les éléments pour trouver un équilibre stable entre la poussée
du souffle phonatoire et la résistance offerte par la glotte à cette pression.

Avant de parler...

1

59

La méthode de ... Paul Vialard
Le miroir
Position : face à un miroir, les pieds parallèles à trente centimètres d'intervalle.
Commencer par prendre trois grandes respirations.
Parler en prêtant attention à la stabilité des jambes, à la détente du tronc et au
relâchement du cou.

Bien respirer
Pour projeter sa voix, un bon souffle phonatoire est nécessaire. Il se caractérise par un temps expiratoire à débit constant et à pression suffisante grâce
au travail du diaphragme et des muscles intercostaux. Il permet ainsi la production d'une voix claire, puissante et continue.
La paille
Position : debout ou dos contre un mur, avec une fine paille en bouche.
Pratiquer de longues expirations en veillant à conserver les épaules et le haut
du buste relâchés.

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' ' On reconnaît dans quel état sont
les gens à leur voix. Les personnes que
l'on connaît. on peut savoir comment
elles vont. à leur voix. Vous demandez :
"ça va?" Réponse: "ça va. ça va... " J 'ai
l'oreille pour la voix parlée. J'ai travaillé
avec un orthophoniste. des coachs... ' '
Anne Roumanoff

Sentir le travail du diaphragme dans
le ventre et le dos, ainsi que celui
des muscles intercostaux.
Émettre une voyelle (« a » ou « o »)
- cette fois-ci sans la paille, bien
entendu, en veillant à garder le débit
et le volume constants.

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Être conscient des résonateurs.

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La méthode de ... Juan Carlos Tajes
Ouvrir le corps
Je lève un bras. C'est la métaphore de l'aile appliquée au corps huma in.
Ça ouvre le côté du corps. Ça ouvre la voix. Il m'arrive de chanter certains
moments du tango le bras levé, la main repli ée sur le front, sans avoir à y
penser. Pour certains moments de la voix, le corps bouge instinctivement

60 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

pour trouver la solution vocale. La verticalité va aider à être conscient de son
corps et à faire ses choix.

La méthode de ... Hervé Pa ta
Les lèvres en avant
Un enjeu est de changer le comportement des lèvres souvent trop paresseuses et tirées vers l'arrière alors qu'el les sont le dern ier rempart avant la
projection du son : elles vont donc cana liser le son . Pour auta nt, je trouve
que l'exercice du crayon, pratiqué depuis longtemps, a ses li mites. Avec un
crayon dans la bouche, tu demandes à tes muscles de se crisper. Je préconise
plutôt de s'exercer à former comme
le son des voyel les a-e-i-o-u, mais
sans le son, au ralenti et en imbriquant les voyelles les unes dans les
autres. Avec une exigence : maintenir les lèvres en avant. Il faut être
particulièrement attentif au « i »que

' ' Ma force. c'est pas ma voix. C'est
pourquoi je fais attention à ce que l'on
comprenne. J'articule, j'aime que l'on
comprenne... ' '
Alain Souchon

beaucoup ont tendance à former, avec les lèvres tirées vers l'arrière. C'est
ainsi le cas de Ségolène Roya l. C'est une erreur fondamentale : ça donne de
l'agressivité. C'est ce que montre ainsi une étude réa lisée aux États-Un is sur
une centaine de personnes : la voix aiguë, avec des harmoniques aiguës,
donne une image agressive de soi. À l'inverse, le « i » form é lèvres en avant
~

enrichit celte voyell e d'harmoniques.

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Avant de parler... 1 61

Paroles de

Nicolas Le Riche

anseur étoile de l'Opéra de Paris jusqu'à sa retraite en 2014 à 42 ans,

D

Nicolas Le Riche a été choisi par les plus grands chorégraphes
du siècle et continue de marquer aussi bien la danse classique que
contemporaine.
Nicolas Le Riche reçoit et parle avec la simplicité du génie. C'est dans sa
loge du palais Garnier qu'a lieu l'interview. Deux chaises en bois face à
face, pas de table entre nous. Sur le mur latéral, un grand miroir et une
table de maquillage, quelques photos.

Êtes-vous étonné que je vous
interroge sur la prise de parole?

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Étonné ? Pas forcément. La scène
est un lieu de parole. Il y a une
curiosité pour ce qui se passe à ce
moment-là qui n'est pas habituel.
Tous les danseurs ne diraient pas
cependant qu'ils prennent la parole
sur scène. Avoir quelque chose à
dire oriente un tas de choix. Je peux
refuser une production parce que
j'estime ne rien avoir à dire d'em blée, d'un point de vue intuitif ou
plus réfléchi. Pour d'autres productions, je peux me dire : « Comment
vais-je avoir quelque chose à dire
dans celle-là ? »
Cela a-t-il toujours été comme
cela pour vous ?

Il y a eu la phase d'apprentissage.
Avec l'impression d'apprendre et
simplement d'apprendre à être là

pour emmagasiner des choses. Voir
ce qui pouvait ressortir de ces croisements culturels. On reçoit l'influence
très forte des différents interprètes,
des maîtres de ballets.
Est-ce que cela peut évoluer?

Oui. Je prends un exemple : trois ballets de Diaghilev - Le Spectre de Io
rose, Petrouchko, L'Après-midi d'un
faune - et Le Tricorne de Manuel de
Falla.
J'ai demandé il y a six ou sept ans
Le Spectre de Io rose. Aujourd'hui,
je reçois la même proposition pour
ces quatre ballets. Je dis non pour
Le Spectre de Io rose, mais oui pour
Petrouchko et L'Après-midi d'un
faune. Il y a un moment pour chaque
chose, un moment pour prendre une
certaine parole. Pour Le Spectre de
la rose, il est bon d'être jeune et
frais, d'avoir une certaine naïveté

62 1 LES 20 FONDAMENTAUX DE LA PRlSE DE PAROLE

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Covent Garden. Elle m'a fait une cerdans cette jeunesse. Aujourd'hui, je
taine impression. Celle d'une petite
n'aurais pas la fraîcheur naturelle
femme, avec une certaine tenue, une
suffisante pour Le Spectre de la rose,
prestance. Même si on la catapultait
mais j'ai la maturité pour L'Aprèsdans la rue, même si on ne la reconmidi d'un faune.
naissait pas, les gens feraient attenJe parle sur scène, mais mon mode
tion à elle, par ce qu'elle dégage, non
d'expression choisi est le vocabulaire
pas parce qu'ils la reconnaîtraient.
corporel. Le son que je produis n'est
C'est dans la façon
pas celui des cordes
' ' Le langage du
qu'elle a de s'adresser
vocales. L'analogie entre
corps est un peu
aux gens, d'avoir une
moins balisé que le
la parole verbale et la
distance avec eux. C'est
langage verbal.''
parole corporelle est
un personnage rompu
infinie : pour les deux,
au protocole, on dirait
on peut parler de poncqu'elle a sans cesse le protocole en
tuation, de rythme des phrases, des
tête, quel ordre ont les choses, compieds. Il n'y a pas de différence, mais
ment les faire ... comment les dire...
dans la danse, le son n'est pas celui
Quelqu'un qui fait attention à ce qu'il
des cordes vocales. La danse n'est
y ait une certaine distance.
pas un palliatif à quelque chose. Cela
correspond à mon envie d'aller vers
Les points d'appui ? Y a-t-il une
transcription de la danse vers
un mode d'expression plus primaire
l'acte oratoire ?
et plus libre, l'expression corporelle.
Le danseur, au-delà du message qu'il
Pour un danseur sur scène, il y a
porte, insufflé par le chorégraphe est
tout ce que lui souha ite dire et ce
un magicien du brouillage du corps,
qui lui échappe.
pour brouiller cette perception clasCe qui échappe ?
sique. li peut être très large et latéral
Ce qui fait que vous vous sentez bien
alors que l'on s'attend à du vertical.
avec quelqu'un dans la rue. Le lanAvant une accélération, il peut ralengage du corps est un peu moins balisé
tir, avant une verticale, être dans
que le langage verbal. La plupart des
l'horizontal. Nijinski volait, disaient
personnalit